L'exercice 2024 marque un tournant préoccupant pour les finances publiques gabonaises. Selon le rapport de la Cour des comptes, l'encours de la dette publique a atteint 7 824,36 milliards FCFA, en hausse de 10,5% par rapport à 2023. Une poussée alimentée principalement par le recours massif aux obligations du Trésor assimilables, qui représentent désormais 46% de la dette totale, témoignant d'une dépendance de plus en plus marquée du pays aux financements de marché.
Cette dynamique s'est accompagnée d'une exécution budgétaire fragilisée par un déficit de trésorerie de 264,35 milliards FCFA, confirmant une tendance négative observée depuis trois ans. Parallèlement, le stock des restes à payer a atteint des niveaux rarement observés, dépassant le cap des 1 000 milliards FCFA, dont plus d'un tiers rattaché à l'exercice courant. Ces signaux convergent vers la même conclusion : la situation financière de l'État devient de plus en plus difficile à stabiliser.
L'année 2025 n'a pas permis d'inverser la trajectoire. Au contraire, selon les premières estimations opérationnelles communiquées dans les documents intermédiaires de gestion, l'emballement de la dette se serait encore accentué, porté par des besoins croissants de refinancement et la poursuite d'un modèle budgétaire sous tension. Les pressions sur la trésorerie demeurent fortes, nourries par des engagements qui augmentent plus vite que les ressources disponibles.
Les perspectives pour 2026 confirment cette dérive. Les autorités auraient annoncé plus de 3 300 milliards FCFA de tirages prévus sur les différents guichets de financement, un volume exceptionnel qui laisse présager un nouveau pic de l'endettement. Cette projection interpelle : elle met en lumière la nécessité urgente de repenser la stratégie d'endettement et d'assainir les mécanismes de gestion de la trésorerie pour éviter un engrenage de refinancement permanent.
Dans ce contexte, la Cour des comptes a invité la DGCPT à expliquer les causes profondes de la persistance des déficits de trésorerie et de l'accumulation des restes à payer. À l'heure où le Gabon cherche à restaurer la confiance des bailleurs et à améliorer la discipline budgétaire, ces constats rappellent que la soutenabilité de la dette devient l'un des enjeux macroéconomiques les plus critiques des prochaines années.
Idrissa DIAKITE
La Rédaction
Publié le 28/11/25 11:36


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