La croissance économique en Afrique subsaharienne a retrouvé un léger élan en 2025. Selon la dernière édition des Perspectives économiques mondiales de la Banque mondiale, publiée le 13 janvier 2026, l'activité dans la région a progressé de 4% l'an dernier, contre 3,7% en 2024. Une accélération modeste, mais significative, portée par la modération de l'inflation et par la hausse inattendue des prix de certains produits de base stratégiques, notamment l'or, d'autres métaux précieux et le café, qui ont renforcé les recettes budgétaires de plusieurs États.
Derrière cette moyenne régionale se cache toutefois une réalité contrastée. Les pays exportateurs de produits de base industriels ont vu leur croissance ralentir, tandis que les économies plus diversifiées ont bénéficié d'un environnement conjoncturel plus favorable. Les trajectoires des trois principales économies de la région illustrent parfaitement cette hétérogénéité.
Au Nigéria, la croissance s'est légèrement renforcée pour atteindre 4,2% en 2025. Elle a été tirée par le dynamisme des services, en particulier dans la finance et les technologies de l'information et de la communication, ainsi que par une reprise encore timide de l'agriculture. En Afrique du Sud, l'activité a progressé de 1,3%, soutenue par un approvisionnement en électricité plus fiable, des récoltes agricoles exceptionnelles et un regain de confiance du secteur privé. À l'inverse, l'Éthiopie a enregistré un ralentissement, avec une croissance ramenée de 8,1% en 2024 à 7,2% en 2025, un niveau qui demeure néanmoins élevé à l'échelle régionale.
Sur le front des prix, l'inflation globale a continué de refluer en 2025, sous l'effet combiné de la baisse des cours mondiaux de l'énergie et de l'alimentation, ainsi que de récoltes abondantes dans plusieurs pays. Un signal rassurant pour le pouvoir d'achat des ménages. Mais l'inflation de base, qui exclut les produits alimentaires et l'énergie, a pour la première fois depuis 2 ans montré des signes de reprise. Ce mouvement a incité certaines banques centrales à suspendre leur politique d'assouplissement monétaire, tandis que d'autres ont relevé leurs taux directeurs pour contenir des pressions inflationnistes sous-jacentes.
Dans ce contexte, les conditions financières se sont globalement améliorées. Les rendements des obligations souveraines ont reculé, les écarts de taux se sont resserrés, plusieurs monnaies se sont appréciées face au dollar, et l'accès aux marchés financiers internationaux s'est rouvert pour plusieurs pays, notamment l'Angola, la République du Congo, le Kenya et le Nigéria.
Pour 2026 et 2027, la Banque mondiale anticipe une consolidation de la reprise. La croissance régionale devrait atteindre 4,3% en 2026 puis 4,7% en 2027, soutenue par une hausse des investissements et des exportations. Cette perspective reste cependant conditionnée à un environnement extérieur stable et à une amélioration sensible de la situation sécuritaire dans plusieurs pays en conflit ou en situation de fragilité.
Même dans ce scénario favorable, le rythme de croissance resterait inférieur à la moyenne de long terme de la région. Il serait surtout insuffisant pour produire des avancées décisives dans la lutte contre l'extrême pauvreté. La situation est rendue plus délicate encore par la forte baisse de l'aide publique au développement depuis 2024, qui a réduit les marges de manœuvre budgétaires et affaibli la capacité de résilience des États face aux chocs externes.
Autre fragilité majeure, la dépendance commerciale de certains pays vis-à-vis des États-Unis. L'Afrique du Sud, la Côte d'Ivoire, le Kenya, le Lesotho, Madagascar et Maurice figurent parmi les économies les plus exposées. Or, l'expiration fin 2025 de l'AGOA, qui garantissait un accès préférentiel au marché américain, pourrait, en l'absence de reconduction, avoir un impact significatif sur leurs exportations et leur croissance.
Sur le plan social, les perspectives restent préoccupantes. Le revenu par habitant devrait progresser en moyenne de seulement 2% par an en 2026 et 2027. Un rythme insuffisant pour absorber l'augmentation rapide de la population active. En 2025, l'Afrique subsaharienne comptait déjà environ 270 millions de jeunes, et la région connaît la croissance la plus rapide au monde de sa population en âge de travailler. Pourtant, la création d'emplois productifs demeure limitée, en particulier dans les pays affectés par les conflits violents, où le revenu réel par habitant stagne, voire recule.
Les risques demeurent clairement orientés à la baisse. Un durcissement des barrières commerciales, une aggravation de l'incertitude mondiale, une poursuite de la baisse des prix des matières premières, une détérioration des conditions financières internationales, une accélération du recul de l'aide publique au développement ou encore l'intensification des chocs climatiques pourraient freiner la dynamique de reprise. À l'inverse, une croissance mondiale plus robuste, l'élargissement de l'accès au marché chinois, la poursuite de l'intégration régionale et un raffermissement durable des prix des produits de base pourraient offrir un soutien précieux à l'activité.
Dr Ange Ponou
Publié le 15/01/26 09:52