Le marché a tranché. En dévoilant des synergies annuelles attendues de près de 479 millions de dollars, soit 263,7 milliards FCFA, d'ici 2030 à la suite du rachat de MultiChoice pour 3 milliards de dollars, le groupe français Canal+ a convaincu les investisseurs, propulsant son action à des niveaux records ce 29 janvier. Au-delà de l'effet boursier immédiat, l'opération marque un tournant stratégique : la mue accélérée d'un champion historique de la télévision payante vers un acteur mondial du divertissement, solidement ancré en Afrique. La synergie est l'idée que la valeur et les performances combinées de deux entreprises indépendantes seront supérieures à la somme des parties individuelles séparées.
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Selon les projections communiquées, Canal+ a déjà sécurisé 96 millions de dollars d'économies pour 2026, avec une accélération des réductions de coûts attendue dès l'an prochain, à hauteur de 180 millions de dollars. Ces efforts sont à rapporter à une base de coûts combinée estimée à 9,6 milliards de dollars pour 2025, ce qui souligne l'ampleur du chantier d'intégration.
La directrice financière, Amandine Ferré, a détaillé les premiers gains d'efficacité, citant la consolidation des fournisseurs : décodeurs, services cloud, infrastructures satellitaires, ainsi que le refinancement de la dette à coût élevé de MultiChoice à des conditions plus favorables. Des décisions rapides qui renforcent la structure financière du nouvel ensemble et crédibilisent la trajectoire de synergies annoncée. Cette discipline financière s'inscrit dans une ambition plus large, à savoir changer d'échelle pour rivaliser avec les géants mondiaux du streaming tels que Netflix et Disney, sur des marchés couvrant l'Afrique, l'Europe et au-delà.
L'Afrique, cœur de la stratégie de long terme
Au centre de l'équation, l'Afrique. Canal+ prévoit en effet d'étendre son application francophone, déjà présente dans près de 30 pays, aux territoires africains de MultiChoice. Le groupe étudie également le positionnement de ses marques, alignement des identités ou maintien d'offres distinctes, afin d'optimiser la couverture des marchés. La direction justifie ce choix par des fondamentaux démographiques et économiques jugés porteurs, en l'occurrence la croissance de la population, les perspectives de PIB et l'électrification progressive du continent, autant de catalyseurs pour l'adoption des services de divertissement. La croissance du parc d'abonnés reste une priorité, même si elle nécessitera du temps et la reconstruction de réseaux de distribution dans certaines zones.
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À l'heure où les acteurs historiques de la télévision payante sont contraints de se réinventer, l'opération Canal+–MultiChoice apparaît comme un pari structurant : rationaliser les coûts, renforcer le pouvoir de négociation et capter la croissance là où elle se trouve, au premier rang desquels l'Afrique.
Publié le 31/01/26 17:51
Narcisse Angan