Le Cameroun reste fidèle à l’option du placement privé pour son retour sur le marché financier international

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Selon un communiqué signé à Londres le 30 janvier 2026, le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, indique que l'État du Cameroun a réalisé une émission obligataire par placement privé.  L'opération porte sur une maturité de sept ans, avec deux ans de grâce. Arrangée conjointement par CitiGroup, JP Morgan et Cygnum Capital, l'opération a suscité une offre globale " de près d'un milliard de dollars " de la part d'investisseurs institutionnels internationaux de premier plan, pour un montant initialement recherché de 600 USD. Le montant finalement retenu s'élève à 750 millions USD, " en ligne avec le plan de financement 2026 du pays ".

Les ressources mobilisées doivent servir en priorité à l'apurement des restes à payer du budget antérieur, notamment des décomptes liés à certains projets prioritaires de l'État. L'objectif affiché est est " d'assurer la continuité et l'achèvement de ces projets dans des délais jugés optimaux, tout en sécurisant les ressources nécessaires à l'exécution du budget 2026, conformément aux orientations de la loi de finances "

Contrairement à de nombreux émetteurs africains qui privilégient les Eurobonds via appel public à l'épargne, Yaoundé s'en tient à un format plus discret et ciblé. Le placement privé consiste à proposer les titres à un cercle restreint d'investisseurs institutionnels pré-identifiés, plutôt qu'au marché ouvert.

Selon un expert, cette approche permet un contrôle plus fin du processus, un calendrier plus rapide et une meilleure visibilité sur la capacité des souscripteurs à absorber l'émission. Elle limite aussi la dépendance à la fenêtre de marché souvent étroite pour les signatures africaines notées en catégorie spéculative, à l'instar du Cameroun

Des analystes expliquent que ce type d'opération vise à sécuriser la levée de fonds auprès d'acteurs déjà positionnés sur ce type de risque souverain, y compris via le marché dit " gris ", un marché de gré à gré où des titres peuvent s'échanger avant leur cotation formelle.

Un schéma déjà testé en 2024, malgré un coût élevé

Ce choix n'est pas inédit. En août 2024, le Cameroun avait déjà opéré, dans une relative discrétion, un retour sur le marché international, près de trois ans après un précédent emprunt très médiatisé. À l'époque, le pays cherchait à financer des dépenses budgétaires supplémentaires. L'opération, adossée à l'ingénierie financière de Citigroup Global Markets Ltd et de Cygnum Capital Middle East, avait été considérée comme un succès en termes de mobilisation de fonds. Mais elle s'était faite à un coût jugé très élevé (10,75%), reflet de la perception du risque et des conditions financières internationales tendues.

Des observateurs soulignaient déjà que le recours au placement privé répondait à un impératif d'efficacité et de rapidité, dans un contexte où le pays faisait face à des arriérés intérieurs et à des pressions pour un apurement plus rapide, dans le sillage des recommandations du FMI en matière de gestion des finances publiques.Pour l'opération de 2026, le coût de l'emprunt annoncé en début de semaine dépassait les 10 %, selon des informations de marché. Un niveau élevé, cohérent avec le profil de risque perçu et l'environnement de taux internationaux.

Le gouvernement indique toutefois avoir mis en œuvre, simultanément à l'émission, un mécanisme de couverture financière de type swap de change USD/EUR. Concrètement, il s'agit d'un accord financier permettant d'échanger des flux libellés en dollars contre des flux en euros, afin de réduire l'exposition au risque de change et d'optimiser le coût global.

Ce dispositif a permis de ramener le coupon effectif de l'opération en euro à 7,79 %. Autrement dit, grâce à cette structure, le Cameroun transforme une dette initialement plus coûteuse en une charge financière plus soutenable, tout en limitant l'impact des fluctuations entre le dollar et l'euro sur le service de la dette.

Perton Biyiha

Publié le 03/02/26 15:16

La Rédaction

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