En marge de la 50e Assemblée générale de la FANAF, NSIA Asset Management a réuni, le 10 février, les assureurs africains lors d'un Meet Up dédié aux enjeux de performance du secteur. À cette occasion, Franck Olivier DIAGOU, directeur général de la société de gestion d'OPC, a dressé un diagnostic sans concession de l'industrie.
‘'Il y a une érosion continuelle des résultats techniques en assurance'', a posé d'emblée Franck Olivier DIAGOU devant un parterre de dirigeants du secteur. Autrement dit, la rentabilité issue du cœur de métier, la souscription et la gestion des sinistres, devient de plus en plus difficile à équilibrer.
Dans ce contexte, le résultat financier s'impose comme une variable d'ajustement stratégique. ‘'Il est une alternative qui permet de juguler les différentes pertes occasionnées par le résultat technique'', explique le dirigeant. Or, selon lui, ce gisement de performance demeure insuffisamment exploité. ‘'Des efforts sont faits, mais des améliorations restent encore à explorer''.
L'ambition affichée est de ‘'bonifier d'un à deux points les résultats financiers''. Un écart en apparence modeste, mais qui peut transformer structurellement la rentabilité d'un assureur, compte tenu de la taille des bilans.
Une offre structurée autour des fonds communs de placement
NSIA Asset Management, société de gestion présente en Côte d'Ivoire, au Bénin et au Sénégal, bientôt au Togo et au Mali, entend répondre à cette problématique par une gamme étoffée de fonds communs de placement.
La société gère aujourd'hui 10 fonds couvrant plusieurs classes d'actifs. Des fonds obligataires investis en titres souverains ou en obligations d'entreprises. Des fonds actions exposés à des performances plus volatiles mais potentiellement élevées. Des fonds diversifiés combinant actions et obligations. Enfin, des fonds monétaires privilégiant le court terme et la liquidité.
Ces instruments présentent, selon Franck DIAGOU, plusieurs atouts pour les assureurs : rentabilité, liquidité, diversification et cadre fiscal attractif. ‘'Lorsque la catégorie est bien choisie, les fonds communs de placement constituent un investissement supérieur aux DAT, à l'immobilier ou même aux titres d'État détenus en direct'', avance-t-il.
Les performances mises en avant pour 2025 appuient ce discours commercial. Le fonds ‘'Aurore Opportunité'' affiche par exemple une progression de 23,94% sur 12 mois, quand les autres véhicules présentent des rendements positifs cohérents avec leur profil de risque. Une démonstration qui se veut la preuve d'une gestion active et diversifiée.
L'ALM, clé de voûte d'une stratégie d'investissement efficace
Mais au-delà des produits, le cœur du message porte sur la méthode. Franck Olivier DIAGOU insiste sur la nécessité pour les assureurs d'adopter une véritable gestion actif-passif, plus connue sous le sigle ALM.
Le principe est simple dans son énoncé mais exigeant dans sa mise en œuvre : adapter le portefeuille d'investissement aux engagements de l'assureur. Une compagnie vie, par exemple, gère simultanément des produits de retraite à horizon long et des produits de prévoyance générant des flux plus courts et plus imprévisibles.
‘'Avec ces deux produits, on ne peut pas investir un portefeuille de la même manière'', souligne-t-il. Les profils de risque diffèrent, les besoins de liquidité également. Une stratégie globale et uniforme crée inévitablement des décalages, tantôt un excès d'actifs longs quand la trésorerie est nécessaire pour régler des sinistres, tantôt un positionnement trop court alors que les engagements sont de long terme.
La solution passe par une segmentation fine des portefeuilles, la définition de profils d'investisseurs distincts et une allocation d'actifs adaptée à chaque compartiment.
Repenser le rôle du gestionnaire interne
Autre critique formulée lors de ce Meet Up, la confusion fréquente entre responsable de placement interne et véritable gestionnaire d'actifs.
Au plus fort du boom financier des années 2011 à 2015, nombre d'assureurs ont recruté des responsables de placement. ‘'Ce qui a posé problème, c'est qu'on leur a demandé de jouer le rôle de gestionnaire d'actifs'', observe Franck Olivier DIAGOU.
Or, la gestion d'actifs repose sur des équipes spécialisées, des analystes dédiés, des comités d'investissement et une surveillance permanente des marchés, des politiques économiques et des entreprises. ‘'Une seule personne dans une société qui n'est pas structurée pour cela ne peut pas le faire'', tranche-t-il.
Selon lui, le rôle optimal du gestionnaire interne devrait être celui d'architecte et de superviseur. Définir un benchmark pour chaque classe d'actifs, sélectionner les meilleurs gérants ou fonds, suivre leur performance et réallouer rapidement en cas de contre-performance. ‘'Lorsqu'un gestionnaire est défaillant, on le change'', résume-t-il, plaidant pour une logique d'efficacité et de discipline.
Proximité et solutions sur mesure
Avec plus de 230 milliards d'actifs sous gestion et plus de 40 000 clients revendiqués, NSIA Asset Management met en avant sa taille critique et sa présence régionale comme gages de crédibilité.
‘'Nous avons fait le choix du client, le choix de la proximité, le choix de la solution'', insiste son directeur général. L'objectif n'est pas, dit-il, de vendre des fonds pour eux-mêmes, mais de proposer des solutions capables de ‘'modifier le compte de résultat, améliorer la trésorerie et renforcer la liquidité''.
Dans un environnement marqué par la pression sur les marges techniques et par l'exigence accrue des régulateurs, le message résonne comme un appel à la professionnalisation accrue de la gestion financière des assureurs.
À l'heure où chaque point de rendement compte, la performance ne se joue plus uniquement dans la maîtrise du risque assurantiel. Elle se construit aussi, et peut-être surtout, dans la sophistication de la gestion d'actifs.
Publié le 11/02/26 14:35
Dr Ange Ponou