Les relations déjà fragiles entre le Bénin et le Niger viennent de connaître un nouveau durcissement. En effet l'expulsion réciproque de personnels diplomatiques en ce début d'année 2026 marque une escalade supplémentaire dans une crise politique et sécuritaire qui, depuis près de deux ans, déborde largement du champ diplomatique pour affecter les échanges économiques, la circulation des personnes et l'intégration régionale au sein de l'UEMOA
Le dernier épisode en date s'est ouvert avec l'expulsion par Cotonou de deux fonctionnaires de l'ambassade du Niger, identifiés comme un agent de police et une commissaire de police. Sans communiqué officiel détaillant les motifs, les autorités béninoises auraient agi au nom du principe de réciprocité, la mission diplomatique du Bénin à Niamey ne comptant que du personnel civil.
La riposte nigérienne n'a pas tardé. Le ministère en charge des Affaires étrangères à Niamey a déclaré persona non grata le premier conseiller de l'ambassade du Bénin, lui accordant un délai de 48 heures pour quitter le territoire. Une mesure symétrique, assumée comme telle par les autorités nigériennes, qui traduit l'enlisement d'un contentieux bilatéral loin d'être résolu.
Tentatives de putsch et soupçons sécuritaires en toile de fond
Cette nouvelle tension intervient dans un climat déjà délétère, marqué par la prise de pouvoir de la junte militaire au Niger en juillet 2023 et le renversement du président Mohamed Bazoum. Depuis, Niamey accuse régulièrement Cotonou d'entretenir des complicités étrangères, notamment françaises, visant à déstabiliser le régime en place. Des accusations fermement démenties par le gouvernement béninois.
Côté béninois, la récente tentative de coup d'État déjouée a ravivé les soupçons. Sans citer explicitement le Niger, les autorités de Cotonou avaient évoqué l'implication de soutiens extérieurs et de ‘'politiciens béninois nostalgiques'', alimentant un climat de défiance sécuritaire qui se reflète désormais dans les relations diplomatiques.
Ambassade, frontière et économie : les signaux contradictoires
L'annonce, par le chargé d'affaires béninois à Niamey, d'une possible cessation des activités de l'ambassade dès le 5 janvier 2026 a ajouté à la confusion. À Cotonou, des sources gouvernementales minimisent cependant cette information, affirmant que l'ambassade du Bénin n'a pas été formellement fermée.
Dans les faits, le symbole est fort. Depuis juillet 2023, le Niger maintient sa frontière terrestre fermée avec le Bénin, pénalisant lourdement les échanges commerciaux, notamment les flux de marchandises à destination du port de Cotonou, traditionnel couloir d'accès du Niger à la mer. Cette fermeture a eu des répercussions notables sur le commerce régional, les recettes portuaires béninoises et l'approvisionnement du marché nigérien.
Au-delà des expulsions de diplomates, la crise entre Niamey et Cotonou s'inscrit dans une dimension économique et monétaire plus large. Les deux pays sont membres de l'UEMOA et partagent le franc CFA, un cadre censé favoriser la libre circulation des biens, des capitaux et des personnes. Or, la persistance des tensions met à l'épreuve les mécanismes d'intégration régionale et affaiblit la cohérence de l'espace communautaire. Pour les opérateurs économiques, l'incertitude reste la norme. Les transporteurs, commerçants et industriels opérant sur l'axe Bénin–Niger continuent de subir les conséquences d'une frontière fermée et d'un climat politique imprévisible, avec des coûts logistiques en hausse et des débouchés restreints.
Une décrispation toujours hors de portée
Si le président béninois Patrice Talon a à plusieurs reprises exprimé le souhait d'une normalisation, les accusations répétées du général Abdourahamane Tiani et l'absence de dialogue politique structuré éloignent toute perspective rapide de décrispation. L'expulsion croisée de diplomates en ce début d'année apparaît ainsi comme un signal négatif, confirmant que la relation bilatérale reste prisonnière d'une logique de confrontation. A défaut d'une médiation régionale ou d'un geste politique fort, la crise risque de s'installer durablement, au détriment non seulement des relations diplomatiques, mais aussi de la stabilité économique et de l'intégration régionale en Afrique de l'Ouest.
Narcisse Angan
Publié le 06/01/26 15:18