Après le choc sans précédent de la pandémie, la pauvreté mondiale semble amorcer un reflux. Mais derrière cette amélioration apparente se cache une réalité bien plus contrastée. Les dernières analyses de la Banque mondiale montrent que la reprise post-Covid profite à une majorité de pays, sans pour autant effacer les fractures entre régions ni combler le retard accumulé dans les économies les plus vulnérables.
La lutte contre l'extrême pauvreté reste engagée dans une course de fond, encore loin d'être gagnée.
Une décennie bouleversée par des chocs successifs
Depuis 2020, les trajectoires de réduction de la pauvreté ont été profondément perturbées. La pandémie de Covid-19, suivie d'une flambée de l'inflation, de conflits armés et de phénomènes climatiques extrêmes, a interrompu des progrès parfois patiemment construits. Si certains pays ont retrouvé rapidement une dynamique de croissance, d'autres n'ont pas réussi à rétablir le niveau de vie des ménages.
Pour mesurer ces évolutions, la Banque mondiale s'appuie sur ses Perspectives macroéconomiques sur la pauvreté. Cet exercice combine des données d'enquêtes auprès des ménages avec des prévisions de croissance, d'inflation et des informations sur les politiques sociales. Des modèles de microsimulation permettent ainsi d'anticiper l'impact concret de la conjoncture économique sur le quotidien des populations, dans plus de 115 pays à revenu faible ou intermédiaire.
Une reprise globale mais loin d'être homogène
Depuis 2021, la pauvreté recule dans la majorité des pays. Entre 2021 et 2024, près de 3 pays sur 4 auraient enregistré une baisse du nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté. Cette statistique masque toutefois de profondes disparités.
En Europe et Asie centrale, en Asie de l'Est et dans le Pacifique, ainsi qu'en Amérique latine et dans les Caraïbes, la quasi-totalité des pays a bénéficié de cette amélioration. Le moteur principal reste la croissance économique. Entre 2021 et 2024, le PIB a progressé dans plus de 85% des pays, une dynamique qui s'est prolongée en 2025.
À l'inverse, les pays à faible revenu et les régions les plus exposées aux tensions géopolitiques affichent des résultats nettement plus préoccupants. En Afrique subsaharienne, environ 40% des pays auraient vu la pauvreté augmenter sur la période. La situation est similaire au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et dans les pays fragiles d'Asie du Sud. Dans les États confrontés à la fragilité, aux conflits et à la violence, seuls un tiers ont réussi à améliorer la situation de leurs populations.
2025 l'espoir d'un point d'inflexion
Les projections en 2025 dessinent néanmoins une perspective plus encourageante. L'institution financière anticipe une baisse de la pauvreté dans près de 80% des pays, un niveau inédit depuis une décennie. Cette amélioration concernerait aussi bien les pays à faible revenu que ceux en situation de fragilité.
Cette évolution repose sur un mécanisme central souvent mal compris : la transmission de la croissance économique aux ménages. Lorsque le PIB progresse en termes réels, les revenus et l'emploi tendent à s'améliorer, ce qui permet à une partie de la population de sortir de la pauvreté. En 2025, environ 85% des pays devraient enregistrer une accélération de leur croissance réelle, un chiffre très proche de la proportion de pays où la pauvreté est attendue en recul.
Même parmi les 10 pays qui concentrent le plus grand nombre de personnes pauvres dans le monde, la croissance est prévue positive pour 9 d'entre eux. Cela ne signifie pas pour autant une amélioration rapide et massive. Dans plusieurs économies à faible revenu, les gains restent modestes et insuffisants pour compenser les chocs récents, notamment sanitaires ou climatiques.
Dr Ange Ponou
Publié le 07/01/26 18:09