L’Afrique concentre 20% de la population mondiale pour 3% de la richesse créée

ISIN : BRVMC0000000 - Ticker : BRVMC

L'Afrique concentre aujourd'hui l'un des paradoxes économiques les plus puissants du XXIᵉ siècle. Alors que le reste du monde s'interroge sur le vieillissement de sa population et la raréfaction de sa main-d'œuvre, le continent africain s'impose comme la principale réserve démographique mondiale.

Mais ce potentiel, loin d'être un avantage acquis, demeure largement sous-exploité. C'est l'alerte lancée par la Banque africaine de développement (BAD) dans son Africa Economic Brief 2025, qui dresse un diagnostic sans concession et trace les conditions d'un basculement historique.

Une jeunesse unique au monde mais encore sans traduction économique

Avec environ 1,5 milliard d'habitants en 2025 et une croissance démographique annuelle de 2,6%, l'Afrique affiche une dynamique sans équivalent. Près de 6 Africains sur 10 ont moins de 25 ans et l'âge médian du continent ne dépasse pas 19,3 ans. À titre de comparaison, il atteint plus de 40 ans dans les économies avancées.

Cette singularité place l'Afrique en position de future locomotive mondiale de la main-d'œuvre. Mais la BAD souligne une réalité plus préoccupante : cette explosion démographique ne s'est pas traduite par un dividende économique. Depuis un demi-siècle, la part du continent dans la population mondiale a fortement progressé, tandis que sa contribution au PIB mondial réel plafonne autour de 3%. Autrement dit, l'Afrique pèse de plus en plus par le nombre, mais pas par la richesse produite.

Une croissance qui progresse mais ne suffit pas

Sur le papier, la performance macroéconomique du continent n'est pas négligeable. La croissance moyenne du PIB réel avoisine 3,5% par an, légèrement au-dessus de la moyenne mondiale. Mais cette dynamique est largement absorbée par la croissance démographique.

Le PIB par habitant, indicateur clé du niveau de vie, progresse de moins de 1% par an. C'est deux fois moins que la moyenne mondiale et très en deçà des autres économies émergentes. Résultat, malgré la croissance, les gains de prospérité restent faibles pour les populations.

Le vrai verrou reste la productivité

Le cœur du problème identifié par la BAD est structurel. Il tient à la faible productivité du travail. Sur près de 50 ans, la productivité africaine n'a progressé que de 0,8% par an, contre 1,7% au niveau mondial. Pire encore, l'écart s'est creusé. En 1974, un travailleur africain produisait un peu plus de la moitié de la moyenne mondiale. En 2023, il n'en produit plus qu'un tiers.

Cette contre-performance n'est pas une fatalité démographique mais le reflet d'un déficit massif d'investissements productifs. Le capital public par habitant, qu'il s'agisse d'infrastructures, d'équipements ou de services collectifs, progresse trop lentement. Le capital privé suit la même trajectoire, empêchant l'économie de monter en gamme.

Un rattrapage éducatif réel mais encore insuffisant

Le capital humain constitue l'autre pilier du diagnostic. Les progrès sont indéniables. Les années moyennes de scolarisation ont fortement augmenté depuis les années 1960. Mais le point de départ était si bas que le rattrapage reste incomplet. En 2024, un adulte africain a en moyenne un peu plus de 8 années de scolarité, contre près de 13 dans les pays développés.

Or les rendements économiques de l'éducation sont élevés. Une année supplémentaire de scolarité accroît la productivité du travail de plus de 7%. L'investissement dans l'éducation et les compétences apparaît ainsi comme l'un des leviers les plus puissants pour transformer la jeunesse africaine en moteur de croissance.

Des marges de transformation encore considérables

Le rapport met en lumière un point central souvent sous-estimé : les rendements marginaux de l'investissement restent particulièrement élevés en Afrique. Une augmentation de 10% du capital public par habitant améliore la productivité de 3%, et celle du capital privé de 4%. Ces chiffres traduisent une réalité simple : chaque franc investi peut produire davantage de croissance qu'ailleurs.

C'est précisément ce qui rend l'inaction coûteuse. Plus la transformation structurelle tarde, plus la dynamique démographique risque de devenir une source de tensions sociales, de chômage massif et d'instabilité.

Transformer la pression démographique en dividende économique

La Banque africaine de développement identifie clairement les priorités. Accélérer les investissements dans les infrastructures, miser sur le numérique, réformer en profondeur les systèmes éducatifs, valoriser le capital naturel par la transformation locale et soutenir l'entrepreneuriat des jeunes constituent les piliers d'une stratégie cohérente.

L'enjeu dépasse la seule Afrique. Si le continent parvient à convertir sa jeunesse en productivité et en innovation, il pourrait devenir l'un des principaux moteurs de la croissance mondiale au cours des prochaines décennies.

Dr Ange Ponou

Publié le 08/01/26 17:43

Vous avez aimé cet article ? Partagez-le avec vos amis en cliquant sur les boutons ci-dessous :

ACTUALITES RELATIVES
09/01/2026 Le directeur Afrique du FMI Abebe Selassie sur son départ
09/01/2026 Nigeria : 64 millions USD d’Afreximbank pour faciliter le transport et le stockage du gaz
09/01/2026 Le Sénégal et la Mauritanie signent plusieurs accords pour redynamiser le partenariat
09/01/2026 Burkina Faso : L’État réorganise les frais appliqués dans les aéroports
09/01/2026 UMOA-Titres : Le Bénin conforte la confiance des investisseurs avec une levée de 60 milliards FCFA
09/01/2026 UEMOA : Le déficit budgétaire repasse sous la barre des 3,5% du PIB à fin septembre 2025
09/01/2026 Ousmane Sonko : ''Le Sénégal ne veut pas de restructuration de sa dette''
08/01/2026 Pétrole vénézuélien, dette africaine : Le retour brutal du risque sur les marchés