Au Burkina Faso, l'exercice du commerce de détail sera désormais réservé aux seuls nationaux, aux ressortissants de la Confédération des États du Sahel (AES) et aux citoyens africains, dont les pays accordent la réciprocité aux Burkinabè. Ainsi en n'ont décidé les autorités du pays, le 12 février dernier lors du conseil des ministres, à travers un décret modifiant en profondeur le cadre réglementaire du commerce de distribution.
Cette décision vise à ‘'protéger les acteurs nationaux, garantir une régulation efficace du marché intérieur, mieux organiser le commerce de distribution et le commerce de détail, en vue de renforcer la souveraineté alimentaire''. En outre, un second décret portant interdiction des achats “bord champ” par des ressortissants étrangers, afin de protéger les producteurs agro-sylvo-pastoraux, structurer les circuits de commercialisation et garantir une concurrence loyale, a également été adopté. Pour le gouvernement, il s'agit d'assainir le marché intérieur et de préserver les intérêts des petits commerçants locaux, souvent confrontés à des réseaux étrangers plus structurés et disposant de capacités financières supérieures.
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En encadrant strictement ces opérations, le gouvernement entend mieux contrôler les flux agricoles ; garantir des prix plus équitables aux producteurs ; protéger les emplois liés aux filières agro-sylvo-pastorales ; et renforcer la traçabilité et l'organisation des marchés. Dans un contexte sahélien marqué par l'insécurité et les tensions sur les chaînes d'approvisionnement, la sécurisation du marché alimentaire devient un enjeu stratégique central.
Cette décision s'inscrit dans la dynamique politique et économique impulsée par l'Alliance des États du Sahel, qui prône une intégration régionale renforcée et un développement endogène. En réservant le commerce de détail aux nationaux et aux ressortissants de l'AES, Ouagadougou affiche clairement sa volonté de privilégier la création et la captation de valeur au sein de l'espace sahélien. Le principe de réciprocité introduit dans le décret ouvre toutefois la porte à d'autres pays africains, à condition qu'ils accordent les mêmes droits aux opérateurs burkinabè.
Le calendrier d'application de ces nouvelles dispositions n'a pas encore été précisé, mais le Burkina Faso entend reprendre le contrôle de son marché intérieur et inscrire son développement dans une logique de souveraineté économique renforcée. Soulignons que le gouvernement gabonais avait pris une décision quasi similaire de renforcement de sa stratégie de protection des activités économiques à faible capital, au mois d'août 2025, en réservant un ensemble de métiers aux seuls ressortissants nationaux.
Publié le 19/02/26 10:56
Narcisse Angan