Le Cameroun explore la piste ivoirienne pour sécuriser et élargir le financement de l'entretien de son réseau routier. Cette orientation s'est dessinée le 20 janvier 2026, lorsque l'administrateur du Fonds routier du Cameroun, Aubin Essaïe Moussa, a reçu en audience une délégation d'Ecobank Cameroun conduite par Sylvestre Ouattara, responsable du pôle CEMAC, entouré de Bernard Elung, en charge des grandes entreprises du secteur public, et de Murielle Tedou Demanou, gestionnaire de comptes.
Selon les informations issues de cette rencontre, les discussions ont porté sur les possibilités de collaboration pour renforcer les relations commerciales entre la banque panafricaine et l'établissement public camerounais. Ecobank a mis en avant son expérience avec les fonds d'entretien routier d'autres pays africains, en particulier la Côte d'Ivoire, et se dit disposée à accompagner le Fonds routier du Cameroun dans la collecte et la mobilisation des ressources, mais aussi dans le financement de grands projets de construction et de réhabilitation d'infrastructures routières.
À Abidjan, Ecobank Capital, la filiale de banque d'affaires du groupe Ecobank, a annoncé le 28 février 2014 avoir structuré et levé, en qualité de co-arrangeur avec Africa Link Capital, une facilité de 130 milliards de FCFA, soit environ 260 millions de dollars, au profit du Programme d'Entretien Routier 2013-2015 du Fonds d'Entretien Routier (FER) de Côte d'Ivoire. La signature de la documentation de financement était intervenue le 20 février 2014. Bien avant cette opération, le FER ivoirien avait déjà recouru au marché bancaire. En 2012, il avait levé 25 milliards de FCFA auprès d'un consortium de banques privées locales.
Un modèle inscrit dans une logique de réforme
C'est ce type de mécanisme, mêlant ressources affectées, ingénierie financière et implication du secteur bancaire, que le Cameroun semble aujourd'hui vouloir adapter à son propre contexte. L'intérêt d'Ecobank intervient à un moment charnière pour le Fonds routier camerounais, engagé dans une phase de transformation institutionnelle. Le 10 juillet 2025, le président de la République a signé un décret portant réorganisation de cet établissement public à caractère spécial, un texte qui remplace le cadre de 2005.
Cette réforme répond à une situation financière fragilisée par des pertes récurrentes. Un rapport publié en juin 2024 par l'Institut national de la statistique, à l'issue d'une étude menée dans 47 postes de péage des régions du Nord, de l'Ouest et du Sud, estime les pertes cumulées sur la période 2018-2023 à 17,2 milliards de FCFA. Pour la seule année 2023, le manque à percevoir est évalué à 3,43 milliards de FCFA, soit 28 % des recettes potentielles de péage, chiffrées à 12,43 milliards. L'INS attribue ces déperditions à un système encore largement manuel, exposé à la fraude, à la corruption et à des défaillances structurelles, avec des pertes moyennes proches de 4 milliards de FCFA par an.
Le décret de juillet 2025 élargit les missions du Fonds routier, désormais compétent pour gérer les péages non concédés, mobiliser des financements innovants, y compris via des partenariats public-privé.
À la date du 31 décembre 2024, le Cameroun disposait d'un réseau routier estimé à 121 873 km, très majoritairement constitué de voies en terre. Les routes revêtues totalisent 10 576 km, contre 111 297 km non bitumées. Dans le détail par catégorie, le réseau autoroutier demeure marginal avec 109 km seulement. Les routes nationales couvrent 9 387 km, dont 5 945 km asphaltés, soit un taux de revêtement de 63,33 %, le plus élevé parmi les différents segments.
Les routes régionales s'étendent sur 13 842 km, mais seulement 1 722 km sont bitumés, illustrant un niveau d'aménagement encore limité. Enfin, les routes communales, qui constituent l'essentiel du maillage avec 98 535 km, ne comptent que 2 800 km revêtus, confirmant le poids prépondérant du réseau en terre dans les dessertes locales.
En Côte d'Ivoire, selon les données officielles datant de juin 2025, le réseau routier comptait plus de 82 000 km dont environ 9 200 km revêtues, y compris 400 km d'autoroutes. Le linéaire du réseau routier revêtu a connu un accroissement ces dernières années, en passant de 6 500 Km en 2015 à 9 200 Km à fin juillet 2025.
Perton Biyiha
Publié le 26/01/26 15:03
La Rédaction