Longtemps perçus comme de simples infrastructures techniques, les centres de données sont en train de devenir l'un des nouveaux piliers du marché mondial de l'énergie. À l'horizon 2030, la demande électrique liée aux seuls équipements informatiques atteindra 249 gigawatts (GW) dans le monde, et près de 374 GW si l'on inclut le refroidissement et les charges auxiliaires. Un niveau de consommation comparable à celui de pays industrialisés entiers.
Pour l'Afrique, engagée dans une accélération rapide de sa transformation numérique, ce choc de la demande n'est pas seulement un défi. C'est surtout une occasion historique de moderniser ses systèmes énergétiques.
Selon les Perspectives de l'énergie en Afrique 2026 de la Chambre africaine de l'énergie, les centres de données sont appelés à devenir un véritable moteur de restructuration des marchés électriques du continent. À mesure que le cloud, les services mobiles et la numérisation des administrations progressent, ces infrastructures imposent une nouvelle exigence centrale, celle d'une électricité abondante, fiable et continue.
Contrairement aux usages traditionnels, souvent fluctuants et difficiles à anticiper, un centre de données consomme de l'électricité de manière stable et prévisible. Il devient ainsi un client stratégique pour les producteurs et les gestionnaires de réseaux. Cette visibilité favorise les investissements dans de nouvelles capacités de production, dans le renforcement des réseaux et dans la sécurisation de l'approvisionnement. En clair, le numérique crée un socle solide pour financer l'électrification.
L'impact dépasse largement la seule énergie. Les centres de données stimulent l'emploi, attirent les capitaux étrangers, renforcent les écosystèmes technologiques et améliorent la compétitivité des économies africaines dans la chaîne de valeur mondiale du numérique. Surtout, ils accélèrent l'intégration des énergies renouvelables. Les grands opérateurs de cloud privilégient désormais l'efficacité énergétique, le solaire, l'éolien, le stockage et la gestion intelligente de la demande. Autant d'innovations qui épousent les ambitions africaines de transition énergétique.
Mais cette dynamique se heurte à une réalité encore fragile. L'approvisionnement électrique reste instable dans de nombreux pays, marqué par des coupures fréquentes et une redondance insuffisante. Or, un centre de données ne tolère ni interruption ni approximation. À cela s'ajoutent des cadres réglementaires parfois fragmentés, une coordination régionale incomplète et des politiques d'incitation encore trop timides pour attirer des investissements massifs et de long terme.
Jusqu'ici, l'Afrique s'appuyait largement sur l'Europe pour héberger ses données. Ce modèle devient obsolète. Les exigences de rapidité de transmission et les règles croissantes sur la souveraineté numérique imposent désormais un stockage local. Résultat, les géants mondiaux du cloud accélèrent leur implantation sur le continent et adoptent des stratégies panafricaines. Pour transformer l'essai, les États doivent renforcer leurs réseaux électriques, multiplier les points d'accès à l'énergie et sécuriser un cadre favorable aux investissements.
La Semaine africaine de l'énergie 2026 s'annonce comme une plateforme clé pour structurer cette convergence entre numérique et énergie.
Certains pays montrent déjà la voie. L'Afrique du Sud est aujourd'hui le marché de centres de données le plus mature du continent. Avec des zones cloud de Microsoft et d'AWS déjà actives et l'arrivée attendue de Google, le pays bascule vers un modèle de centres de données de grande échelle. Le taux d'utilisation dépasse 83% et pourrait franchir 94% d'ici 2030, concentré autour de Johannesburg et du Cap. L'intérêt massif des investisseurs étrangers confirme son rôle de locomotive régionale.
Le Kenya incarne, lui, la dynamique la plus rapide d'Afrique de l'Est. Sa capacité informatique avoisine 40 mégawatts, avec une croissance annuelle projetée de 30% jusqu'en 2028. Porté par des politiques de numérisation ambitieuses et des projets structurants comme le Centre national de données de Konza, le pays pourrait dépasser 155 mégawatts (MW) de capacité d'ici 2029, s'imposant comme un nœud essentiel du futur cloud africain.
‘'Les centres de données ne sont plus seulement une question de technologie, mais aussi d'énergie. Si l'Afrique met en place un cadre énergétique adéquat, l'infrastructure numérique peut débloquer des investissements, renforcer les réseaux et accélérer une croissance inclusive sur tout le continent'', résume NJ Ayuk, président exécutif de la Chambre africaine de l'énergie.
Publié le 28/01/26 09:41
Dr Ange Ponou