Les données du ministère de l'Économie sont formelles. Au troisième trimestre 2025, l'inflation trimestrielle s'est établie à +0,5 %, après +0,6 % trois mois plus tôt, portant l'inflation moyenne annuelle à +1,6 % à fin septembre, contre +3,3 % un an plus tôt. En valeur, le panier de la ménagère moyen progresse donc d'environ 1 600 FCFA pour 100 000 FCFA dépensés, contre plus de 3 000 FCFA en 2024. C'est un soulagement réel pour les ménages notamment les plus vulnérables, mais qui ne s'est pas traduit par une reprise de l'activité économique.
En effet, le contexte international est resté contraignant. En 2025, la croissance mondiale ralentit à +4,1 %, tandis que les cours du pétrole brut chutent de -20,1 % pour s'établir à 62,9 USD/baril en moyenne CEMAC. Pour le Gabon, dont les exportations représentent plus de 40 % du PIB, cette baisse équivaut à plus de 1 000 milliards FCFA de recettes potentielles en moins sur une année pleine suivant les estimations contenues dans le tableau de bord de l'économie.
Sur le plan national, le ralentissement s'est pour sa part généralisé. Le BTP recule de -36,7 % sur neuf mois, l'agriculture de rente de -15,7 %, les hydrocarbures poursuivent leur baisse, et seules quelques branches (bois, services financiers) résistent partiellement à ce choc silencieux. Rapporté à un PIB estimé autour de 11 500 milliards FCFA, ce ralentissement sectoriel représente plusieurs points de croissance en moins.
Par ailleurs, la demande intérieure reste faible. L'investissement privé qui a reculé de -5,7 % en 2024, demeure orienté à la baisse en 2025, tandis que la consommation des ménages progresse lentement, freinée par le coût du crédit, le plus élevé de la région CEMAC et l'incertitude sur l'emploi. La baisse de l'inflation n'a donc pas déclenché d'effet de relance mesurable. Ce paradoxe confirme une fragilité structurelle où la désinflation actuelle n'est pas tirée par la productivité ou l'offre locale, mais par la faiblesse de la demande.
Idrissa Diakité
Publié le 27/01/26 12:35
La Rédaction