Après deux années de repli, les investissements directs étrangers (IDE) ont retrouvé des couleurs en 2025. Selon les estimations préliminaires de la CNUCED publiées le 20 janvier dernier, les flux mondiaux ont progressé de 14% pour atteindre 1 600 milliards de dollars.
Mais derrière l'embellie, la réalité de l'investissement productif demeure fragile et profondément déséquilibrée.
Une hausse portée par la finance plus que par l'économie réelle
Plus de 140 milliards de dollars de cette augmentation proviennent de flux transitant par les grands centres financiers internationaux. Autrement dit, une part significative de la hausse relève davantage de jeux d'écriture financière que de nouvelles usines ou infrastructures. Une fois ces flux neutralisés, la croissance réelle des investissements n'excède pas 5%.
Les indicateurs de confiance des investisseurs confirment ce diagnostic prudent. Les fusions et acquisitions transfrontalières ont reculé de 10%. Le financement international de projets a chuté de 16% en valeur et de 12% en nombre d'opérations, signant une 4e année consécutive de baisse à des niveaux comparables à ceux de 2019. Même les projets greenfield, ces investissements entièrement nouveaux souvent synonymes d'emplois et de transfert de compétences, ont diminué de 16% en nombre, malgré quelques mégaprojets qui gonflent artificiellement les montants.
Le grand écart entre pays développés et pays en développement
La géographie des flux accentue les déséquilibres. Les économies développées ont capté l'essentiel de la reprise, avec une envolée de 43% des investissements à 728 milliards de dollars. L'Union européenne se distingue avec une hausse de 56%, portée par de grandes opérations transfrontalières et un redémarrage marqué en Allemagne, en France et en Italie.
À l'inverse, les pays en développement ont vu les flux reculer de 2% à 877 milliards de dollars. Les pays à faible revenu sont les plus touchés, près de trois quarts des pays les moins avancés enregistrant des investissements stagnants ou en baisse. Une dynamique préoccupante pour des économies qui dépendent fortement des capitaux étrangers pour financer leur développement.
Centres de données et semi-conducteurs en vedettes
Autre trait marquant de l'année 2025, la concentration sectorielle. Les investissements se dirigent massivement vers des activités à forte intensité de capital et de technologie. Les centres de données ont à eux seuls attiré plus d'un cinquième de la valeur mondiale des projets greenfield, avec plus de 270 milliards de dollars annoncés, dopés par l'essor de l'intelligence artificielle et des réseaux numériques.
La France, les États Unis et la Corée du Sud figurent parmi les principaux bénéficiaires, tandis que des pays émergents comme le Brésil, l'Inde, la Thaïlande ou la Malaisie parviennent aussi à capter une part de cette manne. Les projets liés aux semi-conducteurs ont, eux, progressé de 35% en valeur.
En revanche, les secteurs exposés aux droits de douane et aux chaînes de valeur mondiales montrent des signes de fatigue. Le nombre de projets a chuté de 25% dans le textile, l'électronique ou la machinerie, illustrant l'impact de la fragmentation commerciale.
Si ces investissements technologiques dopent les chiffres globaux, ils restent très concentrés et génèrent peu d'effets d'entraînement locaux. La CNUCED appelle ainsi à mieux connecter les infrastructures numériques au développement des compétences, à l'innovation et à la création de valeur sur place.
Les investissements internationaux dans les infrastructures ont reculé de 10%, pénalisés par un net repli dans les énergies renouvelables. Les investisseurs réévaluent les risques de rentabilité et l'instabilité réglementaire. Les acteurs nationaux ont partiellement pris le relais, mais cette substitution risque d'aggraver les déficits d'investissement dans les pays dépendants du financement international pour leurs grands projets.
Pour 2026, les perspectives restent fragiles. Un léger rebond des flux est possible si les conditions de financement s'assouplissent et si les opérations de fusions acquisitions repartent. Mais l'investissement réel devrait demeurer atone, freiné par les tensions géopolitiques, l'incertitude politique et la fragmentation économique.
Publié le 06/02/26 10:55
La Rédaction