JP Morgan prépare un nouvel indice pour canaliser les capitaux vers le Nigeria et…le Cameroun

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La banque américaine JP Morgan travaille à la création d'un nouvel indice destiné à suivre les obligations émises en monnaie locale par des pays dits “marchés frontières”, c'est-à-dire des économies encore peu intégrées aux grands circuits financiers mondiaux mais en croissance rapide. L'information a été révélée par l'agence Reuters, qui cite plusieurs gestionnaires d'actifs impliqués dans les discussions.

Selon six investisseurs interrogés par Reuters sous couvert d'anonymat, les échanges avec JP Morgan ont atteint un stade avancé au second semestre de l'an dernier. Une présentation plus formelle serait attendue autour du mois de juin, pour un lancement envisagé l'an prochain. Un autre gestionnaire indique qu'une première annonce pourrait intervenir dès la fin mars, toujours selon Reuters.

Concrètement, un indice fonctionne comme un baromètre. Selon un expert, " Il permet aux investisseurs de mesurer la performance d'un ensemble d'actifs et sert souvent de référence pour construire des portefeuilles. Ceux de JP Morgan sont parmi les plus utilisés au monde dans l'univers des marchés émergents. Leur influence dépasse largement le cadre académique ou statistique. Lorsqu'un pays est inclus dans un indice majeur, cela peut déclencher des flux d'investissements importants ".

Le futur indice porterait sur 20 à 25 pays. D'après trois gestionnaires cités par Reuters, les pondérations les plus élevées concerneraient notamment le Nigeria, l'Égypte, le Vietnam, le Kenya, le Maroc, le Kazakhstan, le Pakistan, le Sri Lanka et le Bangladesh. Une source évoque un plafond de 8% par pays afin d'éviter qu'un seul marché domine l'ensemble. L'indice ne devrait retenir que des obligations d'un montant minimum équivalent à 250 millions de dollars.

Pourquoi cet intérêt pour ces économies souvent considérées comme périphériques ?

Plusieurs facteurs se combinent. Reuters souligne que l'initiative intervient dans un contexte de baisse prolongée du dollar et de performances remarquées sur certains marchés frontières. Les investisseurs internationaux cherchent des rendements plus élevés que ceux offerts par les marchés développés, où les taux restent relativement faibles. Les obligations en monnaie locale des pays à la frontière offrent des taux plus attractifs, mais aussi davantage de risques liés aux fluctuations des devises et à la stabilité macroéconomique.

Les chiffres avancés par Neuberger Berman, rapportés par Reuters, montrent que la dette négociable en monnaie locale des marchés frontières a triplé en 10 ans pour atteindre environ 1 000 milliards de dollars. Sur les 8 dernières années, cette catégorie d'actifs aurait surperformé l'indice principal de JP Morgan sur les obligations en monnaie locale des marchés émergents de près de 2,5 points de pourcentage. Elle aurait également fait mieux que les obligations émergentes libellées en dollars. Rob Drijkoningen, de Neuberger Berman, estime, selon Reuters, que ces résultats suggèrent que la croissance et la performance économique des marchés frontières ont été sous-évaluées.

En outre, selon les données de la Banque mondiale, les économies frontières abritent environ un cinquième de la population mondiale, mais ne captent que 3,1% des flux mondiaux de capitaux et représentent moins de 5% du produit intérieur brut mondial. Leur population devrait augmenter de 800 millions de personnes supplémentaires au cours des 25 prochaines années, soit davantage que le reste du monde combiné. Cette dynamique démographique renforce leur potentiel de consommation, d'urbanisation et d'investissement.

Dans ce contexte, la création d'un indice dédié peut agir comme un accélérateur. " Les grands fonds internationaux, notamment les fonds indiciels et les gestionnaires spécialisés dans la dette émergente, utilisent ces références pour orienter leurs allocations. Lorsqu'un pays intègre un indice suivi par des milliards de dollars d'actifs, il bénéficie souvent d'un afflux automatique de capitaux ", souligne un autre expert.

Quel impact pour un pays comme le Cameroun ?

Pour des pays comme le Cameroun, même s'il n'est pas explicitement cité parmi les premières pondérations évoquées par Reuters, la dynamique mérite attention. " Si le pays parvient à développer un marché obligataire domestique plus profond, avec des émissions de taille suffisante et une transparence accrue, il pourrait à terme prétendre à une inclusion. Une telle perspective pourrait réduire les coûts d'emprunt en monnaie locale, diversifier les sources de financement et diminuer la dépendance aux prêts extérieurs en devises ", indique notre expert.

Toutefois, " l'exposition accrue aux investisseurs internationaux implique aussi une plus grande sensibilité aux mouvements globaux de capitaux. En période de tensions financières mondiales, les sorties peuvent être rapides et massives. L'expérience d'autres marchés émergents montre que la solidité des fondamentaux macroéconomiques et la crédibilité des politiques monétaires sont déterminantes pour absorber ces chocs ", conclut-il.

Perton Biyiha

Publié le 09/02/26 10:12

La Rédaction

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