La Banque africaine de l’énergie franchit une étape décisive avec la livraison de son siège à Abuja

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Mamadou Sangafowa Coulibaly, le ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l'Energie, coupant le ruban symbolisant la réception du siège de la Banque africaine de l'Energie, en compagnie de son homologue nigérian Heineken Lokpobiri. 

Après des années de discussions et de gestation institutionnelle, la Banque africaine de l'énergie sort enfin du champ des intentions. À Abuja, la réception de son siège marque un tournant symbolique et stratégique pour la souveraineté énergétique du continent. Derrière cette avancée, Mamadou Sangafowa Coulibaly, ministre ivoirien et président en exercice de l'APPO, artisan d'un plaidoyer africain qui a permis de franchir une étape décisive.

L'Afrique a franchi, ce lundi 2 février à Abuja, une étape longtemps attendue dans la construction de son autonomie énergétique. L'ouverture officielle du siège de la Banque africaine de l'énergie (BAE) consacre l'entrée dans une phase concrète d'un projet pensé pour redonner au continent la maîtrise de son financement énergétique, à l'heure où les flux internationaux se détournent massivement des hydrocarbures.

Portée par l'Organisation des pays producteurs de pétrole africains (APPO) et Afreximbank, la BAE n'est pas encore pleinement opérationnelle. Mais la réception de son siège, hébergé provisoirement au sein du nouveau bureau régional d'Afreximbank à Abuja, constitue un jalon institutionnel décisif. Pour la première fois, cette banque panafricaine dispose d'un centre névralgique à partir duquel s'organisera sa montée en puissance.

 Élu à la présidence de l'APPO en novembre dernier à Brazzaville, le ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l'Énergie, Mamadou Sangafowa Coulibaly, avait fait de la concrétisation rapide de la Banque africaine de l'énergie un marqueur fort de son mandat. Et à l'entame de son mandat en début d'année, le dossier est passé du stade conceptuel à une matérialisation institutionnelle visible.

Lors de la cérémonie d'inauguration, il a tenu à souligner le rôle central joué par le Nigeria dans cette avancée. Les autorités nigérianes ont mis à disposition un cadre de travail jugé conforme aux ambitions de la future institution, après l'examen de plusieurs options initiales.

En accueillant le siège provisoire de la BAE, le Nigeria honore l'engagement pris lors de sa désignation comme pays hôte et confirme son leadership au sein du secteur énergétique africain. Cette solution transitoire précède la construction d'un siège définitif, prévue sur un terrain déjà octroyé par Abuja, signe d'un soutien politique appelé à s'inscrire dans la durée.

Ce choix illustre aussi une réalité diplomatique : la Banque africaine de l'énergie est le fruit d'un alignement rare entre grandes puissances énergétiques du continent, capable de dépasser les rivalités nationales au profit d'un intérêt stratégique commun.

Un contre-modèle africain face au retrait des financements internationaux

La création de la BAE intervient dans un contexte mondial de durcissement inédit des conditions de financement des projets pétroliers et gaziers. Sous la pression des politiques climatiques et de la transition énergétique, de nombreux bailleurs internationaux réduisent leur exposition aux hydrocarbures, laissant les pays africains face à un risque croissant de marginalisation financière.

" L'Afrique ne manque ni de ressources, ni de projets. Le véritable danger aujourd'hui, c'est l'accès au financement ", a résumé Mamadou Sangafowa Coulibaly en marge de la réunion ministérielle de l'APPO tenue le même jour.

Paradoxe majeur : bien que responsable de moins de 4 % des émissions mondiales de CO₂, l'Afrique se retrouve en première ligne des arbitrages financiers globaux. Une dynamique qui menace sa capacité à exploiter ses ressources, à industrialiser ses économies et à répondre à une demande énergétique en forte croissance.

Les déséquilibres actuels sont éloquents. Faute d'investissements suffisants dans la transformation locale, le continent exporte près de 75 % de son pétrole brut et 45 % de son gaz naturel, avant d'importer des produits raffinés à des coûts élevés. Autant de pertes en revenus, en emplois industriels et en souveraineté économique.

Voir aussi - Mamadou Sangafowa prend la présidence de l'APPO, l'association des pays producteurs de pétrole africains

C'est précisément sur ces failles structurelles que la Banque africaine de l'énergie entend agir, en finançant l'ensemble de la chaîne de valeur, de l'exploration aux infrastructures de transformation.

Pour Farid Ghezali, secrétaire général de l'APPO, la BAE incarne une rupture stratégique :
" L'Afrique avait besoin de son propre outil financier pour défendre ses priorités énergétiques et sécuriser son avenir. Lorsque la volonté politique est alignée, les projets deviennent réalité. "

Sur le plan financier, la BAE démarre avec un capital d'amorçage de 500 millions de dollars, appelé à atteindre progressivement 5 milliards de dollars. Les 18 pays membres de l'APPO ont déjà engagé une première contribution de 20 millions de dollars chacun.

La Côte d'Ivoire s'est distinguée en réglant sa quote-part dès la fin de l'année dernière, traduisant l'implication personnelle de son ministre dans la réussite du projet. Un signal fort envoyé aux partenaires financiers et aux marchés.

Cette mobilisation initiale pose les bases de la crédibilité future de la banque et de sa capacité à structurer des financements d'envergure continentale.

Une réunion du conseil des ministres de l'APPO s'est tenue à l'occasion afin de plancher sur la finalisation du processus d'opérationnalisation de la Banque. 

Cap sur une mise en service d'ici juin 2026

Pour Mamadou Sangafowa Coulibaly, l'inauguration du siège n'est qu'un point de départ. Les prochaines semaines seront consacrées à la finalisation des organes de gouvernance, à la tenue d'une assemblée générale et au recrutement de l'équipe dirigeante.

L'objectif affiché est clair : une entrée en activité effective d'ici juin 2026. Un calendrier volontairement serré, assumé par le président de l'APPO, qui appelle l'ensemble des parties prenantes à maintenir le rythme.

Cette trajectoire bénéficie du soutien affirmé du Nigeria. Son ministre du Pétrole, Heineken Lokpobiri, a réitéré l'engagement d'Abuja à accompagner la banque jusqu'à son lancement opérationnel, y compris par un appui financier si nécessaire.

La Côte d'Ivoire, architecte d'une nouvelle souveraineté énergétique

Au-delà de l'institution elle-même, la montée en puissance de la Banque africaine de l'énergie consacre le rôle croissant de la Côte d'Ivoire dans la gouvernance énergétique du continent.

Sous l'impulsion de Mamadou Sangafowa Coulibaly, Abidjan s'impose comme un acteur moteur de la réflexion stratégique africaine sur l'énergie, en cohérence avec la vision du président Alassane Ouattara visant à renforcer la souveraineté économique du continent.

Avec son siège désormais ouvert, la Banque africaine de l'énergie cesse d'être un projet en devenir pour s'inscrire durablement dans l'architecture financière africaine.

Pensée comme un instrument d'autonomie stratégique, elle ambitionne de sécuriser les investissements, soutenir la valorisation locale des ressources et redonner à l'Afrique la capacité de décider, par elle-même, de son avenir énergétique.

Jean-Mermoz Konandi - Envoyé spécial à Abuja

Publié le 03/02/26 07:38

La Rédaction

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