Confronté à des pénuries récurrentes d'électricité qui freinent sa croissance économique, le Nigeria, pays le plus peuplé d'Afrique, s'engage dans une réforme financière d'envergure. En effet, le gouvernement fédéral prévoit de lever jusqu'à 4 000 milliards de nairas, soit environ 2,9 milliards de dollars (1 596,5 milliards FCFA), sur les marchés de capitaux domestiques, afin d'apurer les dettes accumulées auprès des compagnies d'électricité et de relancer durablement un secteur en crise.
La stratégie semble déjà porter ses premiers fruits. Une première tranche de 501 milliards de nairas, émise au début du mois avec un taux d'intérêt de 17%, a été entièrement souscrite, traduisant l'appétit des investisseurs locaux pour cette opération. Le solde du programme devrait être levé progressivement, par émissions trimestrielles ou semestrielles, en fonction des conditions de marché. Au-delà de l'effet d'annonce, l'enjeu est crucial, à savoir restaurer la confiance des acteurs de la chaîne électrique, étranglés par des créances impayées, et débloquer des capacités de production aujourd'hui inutilisées faute de liquidités.
Un système électrique sous-dimensionné
Avec plus de 230 millions d'habitants, le Nigeria ne parvient à fournir qu'environ 4 000 mégawatts d'électricité via son réseau national, alors que seule un peu plus de la moitié de la population y est effectivement raccordée. À titre de comparaison, l'Afrique du Sud, quatre fois moins peuplée, dispose d'une capacité de production plus de dix fois supérieure.
Les causes de cette contre-performance sont multiples : déficit de comptage, faibles taux de recouvrement, infrastructures de transport vieillissantes et politiques de subventions énergétiques coûteuses ont profondément déséquilibré les finances du secteur. Résultat, de nombreuses entreprises ont été contraintes de se tourner vers l'autoproduction, qui représente désormais près de la moitié de la consommation d'électricité du pays, avec une montée en puissance notable du solaire. Une part significative des fonds levés sera consacrée à la réduction du déficit de comptage, alors qu'environ la moitié des clients raccordés ne disposent pas de compteurs. L'amélioration de la facturation et du recouvrement des recettes est perçue comme un levier clé pour restaurer l'équilibre financier des sociétés de distribution.
Des investissements sont également prévus pour moderniser le réseau de transport, aujourd'hui incapable d'acheminer plus d'un quart des 13 000 MW de capacité de production théoriquement disponible dans le pays. À terme, le gouvernement estime que le règlement de la dette pourrait permettre de libérer 4 484 MW supplémentaires et de stabiliser l'approvisionnement pour près de 12 millions de clients enregistrés.
Publié le 30/01/26 13:36
Narcisse Angan