Le Mali a procédé officiellement au lancement de sa campagne sucrière 2025-2026 de Sukala et N-Sukala (les deux complexes du pays), sous la houlette du ministre de l'Industrie et du Commerce, Moussa Alassane Diallo. Les deux unités nationales ambitionnent de produire plus de 120 000 tonnes de sucre cette saison, soit près de 34% des besoins nationaux. Un signal fort de résilience industrielle après les sabotages d'août 2025.
Mais derrière cette relance se cache une réalité économique. Le pays doit en effet importer environ 232 941 tonnes de sucre, soit 66% de ses besoins annuels, pour combler le déficit structurel de production. Le besoin annuel total du Mali en sucre est estimé à environ 352 941 tonnes. Autrement dit, malgré les efforts consentis et les investissements engagés, les deux complexes sucriers ne couvrent qu'un tiers de la demande intérieure.
Le lancement de la campagne intervient après une année marquée par des attaques ayant endommagé les infrastructures. Les réparations, menées conjointement par des équipes maliennes et chinoises, ont permis de restaurer l'outil industriel. Le gouvernement, sous l'impulsion du Président de la transition, Assimi Goïta, avait clairement donné instruction de ne pas interrompre durablement les activités, afin de préserver l'emploi et la souveraineté économique.
Ramadan : stabiliser les prix dans un contexte inflationniste
Les autorités assurent avoir mis en place un dispositif spécifique pour garantir l'approvisionnement du marché à l'approche du Ramadan 2026, période de forte consommation. La production locale jouera un rôle tampon essentiel pour contenir la volatilité des prix. Mais la dépendance aux importations expose le pays aux fluctuations des marchés internationaux, aux coûts logistiques et aux tensions sur les devises. La campagne 2025-2026 constitue sans conteste une victoire industrielle symbolique. Maintenir une production de 120 000 tonnes après des actes de sabotage démontre la capacité de résilience du secteur.
Mais sur le plan économique, le constat est plus nuancé. Le Mali demeure structurellement dépendant du marché extérieur pour deux tiers de sa consommation sucrière. L'autonomie alimentaire dans ce segment stratégique reste hors de portée à court terme. La pression sur les réserves de change persiste. Pour atteindre l'autosuffisance, il faudrait quasiment tripler la capacité actuelle de production nationale.
Publié le 14/02/26 17:17
Narcisse Angan