Le Mali, l'un des piliers de la production aurifère en Afrique de l'Ouest, a connu en 2025 un net coup de frein de son industrie minière. En effet, la production industrielle d'or a connu un recul de 22,9%, tombant à 42,2 tonnes, contre 54,8 tonnes en 2024, d'après les chiffres provisoires relayés par Reuters. Une contre-performance qui illustre les turbulences traversées par le secteur, entre durcissement du cadre réglementaire et bras de fer prolongé avec le géant canadien Barrick Mining.
Au cœur de cette chute, figure l'interruption prolongée des activités du complexe Loulo-Gounkoto, principal actif aurifère du pays. Symbole de la montée des tensions entre l'État malien et certains opérateurs internationaux, ce site stratégique a été placé sous administration provisoire, avant qu'un accord ne soit finalement trouvé au mois de novembre 2025. Il faut également noter que depuis 2023, le Mali a engagé une réforme ambitieuse de son code minier, avec l'objectif affiché de capter une part plus importante de la rente aurifère. Cette stratégie s'est traduite par un durcissement des règles fiscales et contractuelles, ainsi que par un vaste audit du secteur, qui a permis à l'État de récupérer 761 milliards FCFA (1,34 milliard de dollars) d'arriérés auprès des compagnies minières.
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Si ces mesures ont renforcé les finances publiques, elles ont aussi ébranlé la confiance de certains investisseurs, alimentant une période d'incertitude qui a pesé sur les décisions d'investissement et les niveaux de production. L'année 2025 apparaît ainsi comme un point de bascule, révélant la difficulté de concilier souveraineté économique, stabilité réglementaire et continuité de l'exploitation minière. Ainsi, la hiérarchie des producteurs a été profondément bouleversée. B2Gold s'est hissé au rang de premier producteur d'or du Mali en 2025, avec 17,5 tonnes, profitant du recul de Barrick. Allied Gold, portée par sa nouvelle grande mine de Korali-Sud et par le site de Sadiola, s'est classée deuxième avec 9,58 tonnes, reléguant Barrick à la troisième place.
La production artisanale, souvent considérée comme un amortisseur social, est restée stable à environ 6 tonnes, contribuant à porter la production nationale totale à 48,2 tonnes. Ce volume demeure toutefois 22,7% inférieur aux prévisions initiales du gouvernement, qui tablait sur 54 tonnes pour l'année.
Narcisse Angan
Publié le 19/01/26 12:01