Pays en développement : Pourquoi les réformes dans le secteur électrique échouent malgré des décennies de restructuration ?

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Dans de nombreux pays confrontés à des coupures d'électricité récurrentes, les réformes du secteur énergétique se succèdent sans produire les résultats attendus. Privatisations, restructurations tarifaires, modernisation des opérateurs publics ; autant de recettes appliquées depuis des décennies avec des succès souvent limités.

Une nouvelle étude internationale apporte un éclairage décisif. Elle suggère que le véritable obstacle n'est ni technologique ni financier, mais profondément institutionnel. Autrement dit, le problème de l'électricité est avant tout un problème de gouvernance.

La corruption, facteur déterminant de la fiabilité électrique

S'appuyant sur la base de données UPBEAT couvrant 190 entreprises de services publics dans 93 pays entre 2012 et 2023, les chercheurs mettent en évidence une corrélation robuste entre la qualité de la gouvernance politique et la fiabilité de l'approvisionnement électrique.

Le constat est sans ambiguïté. Plus la corruption politique est élevée, plus la qualité du service électrique se dégrade. Cette relation persiste même après prise en compte du niveau de revenu par habitant.

Autrement dit, la faiblesse des infrastructures électriques ne relève pas uniquement du sous-développement économique. Deux pays disposant de niveaux de richesse comparables peuvent afficher des performances radicalement différentes selon la qualité de leurs institutions.

Les chercheurs reconnaissent eux-mêmes avoir été surpris par la solidité statistique de cette relation, les indicateurs de corruption évoluant généralement peu dans le temps. Pourtant, les résultats demeurent ‘'robustes et significatifs'' dans l'ensemble des tests empiriques.

Privatisation, une solution aux effets limités

L'étude nuance également une idée largement répandue selon laquelle la privatisation constituerait une solution universelle.

Certes, les opérateurs privés affichent en moyenne de meilleures performances. Mais cet avantage s'amenuise fortement dans les pays où la corruption est mieux maîtrisée. À long terme, expliquent les chercheurs, un service public ou privé opérant dans un environnement institutionnel dégradé tendra à présenter des performances similaires et insuffisantes.

La conclusion est claire : changer le propriétaire ne suffit pas lorsque les incitations politiques restent inchangées.

Les 4 mécanismes qui sabotent les réformes

Les travaux identifient plusieurs mécanismes récurrents qui fragilisent les systèmes électriques.

Premièrement, la ‘'grande corruption'' au sommet des administrations compromet la planification énergétique et conduit à des réformes partielles, parfois appliquées de manière sélective.

Deuxièmement, la généralisation du non-paiement des factures par certaines institutions influentes, combinée au vol d'électricité, érode les revenus des opérateurs et fragilise leur discipline opérationnelle.

Troisièmement, les incitations internes restent faibles lorsque les recrutements relèvent du clientélisme politique, réduisant la responsabilité managériale et la performance des équipes.

Enfin, la recherche de gains politiques à court terme, notamment via des subventions ou de l'électricité gratuite en période électorale, entre directement en contradiction avec les réformes structurelles nécessaires.

Ces mécanismes, souvent imbriqués, traduisent une réalité fondamentale : la bataille pour l'électricité fiable se joue autant dans les arènes politiques que dans les centrales électriques.

Passer des réformes standardisées à l'expérimentation politique

Face à ce constat, les chercheurs appellent à un changement profond d'approche. Les réformes uniformes, conçues indépendamment du contexte politique local, montrent leurs limites.

Ils proposent une stratégie fondée sur l'expérimentation et l'apprentissage par la pratique. L'objectif consiste à tester, mesurer et ajuster les interventions de gouvernance plutôt que d'imposer des modèles préconçus.

Plusieurs pistes émergent : analyser la culture interne des entreprises publiques afin de réaligner les incitations du personnel sur la performance ; investir dans la communication avec les usagers pour modifier les normes sociales liées au vol d'électricité et au non-paiement ; et renforcer les mécanismes de responsabilisation au niveau local afin de limiter les interférences politiques nuisibles.

Au-delà du secteur énergétique, ces conclusions renvoient à une question plus large de développement économique. L'électricité demeure un intrant essentiel pour l'emploi industriel, la productivité des entreprises et l'attractivité des investissements.

Publié le 17/02/26 10:37

Dr Ange Ponou

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