Alors que 2026 devait ouvrir un cycle de surabondance pétrolière et de détente durable des prix, le marché a pris tout le monde à contre-pied. En quelques semaines, le baril s'est raffermi autour de 70 dollars, porté par un cocktail de tensions géopolitiques, de perturbations logistiques et d'une demande asiatique plus robuste que prévu. Une configuration inattendue qui révèle les fragilités d'un marché mondial plus segmenté qu'il n'y paraît.
À l'orée de l'année, le consensus tablait sur un pétrole proche de 50 dollars le baril, reflet d'une production mondiale excédentaire. Mais les premières semaines de 2026 ont inversé la dynamique. Les menaces de durcissement américain à l'encontre de l'Iran, dans un contexte déjà marqué par l'isolement de la Russie, ont ravivé la prime géopolitique. Selon Citigroup, cité par Bloomberg, ces tensions ont ajouté jusqu'à 10 dollars au baril, tandis que les marchés d'options se repositionnaient sur des scénarios haussiers, certains pariant sur un retour vers 90 dollars.
Une offre abondante mais mal répartie
Sur le papier, l'offre mondiale dépasse toujours la demande. En pratique, l'excédent est mal localisé. Les stocks ne gonflent pas dans les grands centres occidentaux de fixation des prix, comme ceux de l'OCDE, mais s'accumulent ailleurs. Une partie importante des barils supplémentaires provient de la Russie et de l'Iran, deux producteurs sous sanctions, dont les cargaisons restent en mer faute d'acheteurs nombreux. Dans le même temps, la Chine absorbe une large part de ces volumes, jouant un rôle d'amortisseur du marché mondial.
En décembre, les importations chinoises ont franchi un record historique de plus de 13 millions de barils par jour. Selon certaines sources officielles, Pékin devrait continuer à stocker en moyenne 300 000 barils par jour en 2026. Cette stratégie limite la constitution de stocks visibles en Occident et soutient mécaniquement les prix.
L'Asie change la donne
La Chine n'est pas seule. L'Inde a également renforcé ses achats de pétrole non russe, se tournant davantage vers le Moyen Orient, l'Afrique de l'Ouest et l'Amérique latine. Les raffineurs indiens, à l'image d'Indian Oil ou de Bharat Petroleum, cherchent à sécuriser des volumes à court et long terme, signe d'un désengagement progressif vis-à-vis de Moscou. Cette demande asiatique soutenue se concentre précisément sur les marchés où les prix de référence se forment, accentuant la tension apparente.
Le mouvement a surpris les investisseurs. Fin 2025, les positions vendeuses sur le Brent atteignaient des niveaux records. Or, depuis début janvier, les contrats à terme ont progressé d'environ 15%, se dirigeant vers leur plus forte hausse mensuelle depuis 2022. Le Brent s'est établi en moyenne à près de 65 dollars ce mois-ci, au-dessus des prévisions initiales de Wall Street pour le premier trimestre.
Pour les analystes, le cœur du paradoxe est là. L'excédent existe, mais il est inférieur aux anticipations et largement absorbé par l'Asie. Résultat, la pression baissière attendue ne se matérialise pas.
À ces fondamentaux s'ajoute un facteur financier. Les traders algorithmiques ont opéré en janvier un retournement important, passant d'un pessimisme marqué à des positions très haussières. Ce mouvement a amplifié la hausse des cours. Mais il accroît aussi le risque d'une correction rapide si les prix venaient à refluer, ces mêmes acteurs pouvant inverser leurs positions tout aussi brutalement.
Les perturbations de l'offre ont également pesé. Du Kazakhstan à la Libye, des interruptions de production ont réduit la disponibilité du brut. Aux États-Unis, une violente tempête hivernale a temporairement mis à l'arrêt jusqu'à 2 millions de barils par jour, tout en stimulant la demande de chauffage. Si certains de ces chocs sont appelés à se résorber, leur accumulation a suffi à tendre un marché déjà fragile.
La suite dépendra largement des choix politiques de Washington, notamment vis-à-vis de l'Iran, et de la capacité des producteurs à rétablir durablement leurs flux. L'OPEP+ maintient pour l'heure une production stable, ajoutant à l'incertitude.
Publié le 30/01/26 17:05
La Rédaction