Au Cameroun, les ratés de la numérisation alimentent la corruption au principal port du pays

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Au port de Douala-Bonabéri, principale porte d'entrée maritime du Cameroun et carrefour des échanges pour plusieurs pays d'Afrique centrale, la transformation numérique incomplète des procédures de transit continue d'entretenir des paiements illicites et des délais élevés. C'est le constat dressé par une enquête menée en 2024 par l'Observatoire régional des pratiques anormales dans l'enceinte portuaire, dans le cadre du Programme d'appui à la gouvernance des infrastructures régionales et nationales en Afrique centrale financé par l'Union européenne.

Selon cette étude, des plateformes numériques existent déjà, notamment le Guichet unique du commerce extérieur et le système CAMCIS, mais leur utilisation reste partielle. L'Observatoire relève que certaines démarches, comme l'émission du titre de transit ou la Lettre de voiture internationale, comportent encore des étapes physiques. Ces interactions directes entre opérateurs et agents sont décrites comme un terrain propice aux paiements informels, signalés par environ 20 à 30% des commissionnaires agréés en douane interrogés à différents stades du processus.

Les effets économiques sont visibles sur le coût et la durée du passage portuaire. L'enquête indique que plusieurs opérations, dont la levée de caution, la pose de balises GPS ou encore le traitement SGS, sont majoritairement jugées plus longues que la norme. Le processus de sortie des marchandises atteint en moyenne huit jours, tandis que les camions restent environ trois jours dans l'enceinte portuaire. Les formalités diverses peuvent parfois grimper jusqu'à 180 000 FCFA par camion, avec des montants jugés élevés pour les pesages et les dispositifs GPS, toujours selon les données recueillies par l'Observatoire.

Au-delà du diagnostic, l'étude formule des recommandations ciblées. Elle appelle le port de Douala à mettre en place des mécanismes de dénonciation des pratiques illicites, notamment des numéros verts et des plateformes anonymes, à renforcer les contrôles internes et la responsabilisation des agents, tout en accélérant la dématérialisation complète des procédures.

Du côté des autorités portuaires, Jean-Yves Massouka, chef de la cellule Facilitation des échanges du Port autonome de Douala, tente de rassurer. " Le système d'informations portuaires sera totalement opérationnel d'ici le mois de septembre de l'année 2026 (…) et il y aura donc une dématérialisation totale et effective de la plateforme portuaire de Douala-Bonabéri ". Il reconnaît toutefois que " n'étant pas dans un environnement idéal (…) il y a souvent des actes de corruption présumés et des faux frais (…) identifiés dans la place portuaire ", ajoutant que l'étude vise justement à réduire ces dysfonctionnements pour rendre les opérations d'importation, d'exploitation et de transit plus fluides.

Les professionnels du secteur confirment les difficultés quotidiennes. Albert Etoundi, président du Syndicat national des transitaires, acconiers et consignataires, affirme que " ce sont des pratiques qui sont initiées par les différents opérateurs avec lesquels le commissionnaire en douane est en contact ", citant la douane, les forces de police et les contrôles routiers. Il évoque " des problèmes de travail extra-légal qui surgissent à chaque coup " et des paiements multiples exigés lors de la sortie des marchandises.

 

Publié le 17/02/26 17:40

La Rédaction

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