La filière manioc ivoirienne change d'échelle. En effet, à l'occasion du lancement officiel de l'Interprofession de la filière manioc (OIA manioc) à Abidjan, les acteurs ont dévoilé des chiffres qui consacrent le manioc comme un levier stratégique de l'économie agricole nationale. Selon le dernier bilan présenté par l'interprofession, la filière représente 2,8% du PIB national et contribue à 12,4% du PIB agricole. ‘'Elle couvre les 31 régions du pays, fédère 950 organisations et mobilise 1,5 million d'acteurs, des producteurs aux commerçants en passant par les transformateurs'', d'après une note gouvernementale publiée le 27 janvier dernier.
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La production nationale a atteint 8,4 millions de tonnes, confirmant le rôle central de cette culture dans la sécurité et la souveraineté alimentaires du pays. Entre 2010 et 2022, la production ivoirienne avait augmenté de 173%, passant de 2,3 millions de tonnes à 6,3 millions, d'après Afrika Forward, cabinet conseil à l'investissement, citant la FAO.
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On recense 54 produits dérivés du manioc, également connu sous le nom scientifique de Manihot esculenta, dont l'attiéké (semoule), inscrit depuis décembre 2024 au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO, comme le produit phare, ainsi que le placali, en passant par le tapioca, le gari, l'amidon, la farine, etc. Autant de segments à forte valeur ajoutée qui positionnent le manioc comme une matière première industrielle à part entière.
Sur le front de l'employabilité, les annonces sont tout aussi significatives. La filière revendique 48 200 emplois, tandis que 2 milliards de boutures certifiées ont été mobilisées pour améliorer la productivité et sécuriser l'approvisionnement. ‘'Le lancement de l'OIA manioc marque un changement de paradigme : le passage d'une filière fragmentée à une filière organisée et ambitieuse'', a souligné Yedoh Kévin Nomel, PCA, Président du conseil d'administration de l'OIA manioc.
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Pour les trois prochaines années, l'interprofession prévoit de consolider sa gouvernance, établir une cartographie précise de la filière, déployer des mécanismes de collecte de données et de traçabilité, structurer des financements adaptés à chaque maillon, et harmoniser les standards de qualité via des contrats d'approvisionnement sécurisés. Soulignons qu'au mois de mai 2025, la Côte d'Ivoire avait annoncé une mobilisation de 45,9 milliards FCFA (70 millions d'euros) auprès de la BID, Banque islamique de développement, pour le financement du Projet de développement de la chaîne de valeur du manioc (PDCVM), visant à dynamiser la filière.
Publié le 02/02/26 09:52
Narcisse Angan