Le budget 2026 du Gabon est arrêté à 4 171 milliards FCFA (environ 6,95 milliards USD) de recettes, contre environ 3 000 milliards FCFA (environ 5 milliards USD) en 2025, soit plus de 1 100 milliards FCFA de recettes supplémentaires en un an (environ 1,83 milliard USD). Cette trajectoire repose principalement sur une mobilisation fiscale renforcée, dans un contexte de reprise progressive des discussions avec le Fonds monétaire international (FMI). La dynamique budgétaire s'appuie davantage sur l'augmentation des prélèvements et la création de nouvelles taxes que sur une expansion rapide de la base productive.
Plusieurs arbitrages concentrent une part significative de cet effort. Les patentes sont attendues à 14,9 milliards FCFA (environ 24,8 millions USD), contre 2,95 milliards FCFA en 2025 (environ 4,9 millions USD). La taxe forfaitaire d'habitation est projetée à 22,6 milliards FCFA (environ 37,7 millions USD), tandis que la contribution carbone vise 10 milliards FCFA (environ 16,7 millions USD). La hausse des droits d'accises doit générer 14 milliards FCFA additionnels (environ 23,3 millions USD). Enfin, la taxe sur les transferts financiers est attendue à 3,7 milliards FCFA (environ 6,2 millions USD), contre 2,55 milliards FCFA en 2025 (environ 4,25 millions USD), soit 1,14 milliard FCFA de plus (environ 1,9 million USD). À elles seules, ces mesures représentent plus de 200 milliards FCFA de rendement cumulé (environ 333 millions USD), touchant directement ménages, PME et circuits de consommation.
Le budget intègre également des recettes à caractère non récurrent, notamment 14,1 milliards FCFA issus de ventes d'or (environ 23,5 millions USD), ainsi que des hausses rapides sur des assiettes encore en structuration, comme la fiscalité immobilière. Ce type de cadrage est précisément celui que le FMI examine de près. Dans le programme du Ghana, par exemple, le Fonds a demandé de réduire le poids des recettes exceptionnelles et de privilégier des recettes structurelles, après avoir constaté que certaines lignes prévues à hauteur de plusieurs centaines de millions de dollars ne se matérialisaient pas pleinement en exécution budgétaire.
Dans les pays engagés avec le FMI, les corrections portent rarement sur une suppression brutale des taxes, mais sur leur rythme et leur crédibilité. Au Sénégal, certaines taxes nouvelles sur les transferts et la fiscalité foncière ont fait l'objet d'un lissage temporel, après que leur rendement réel se soit révélé inférieur aux prévisions initiales. Au Cameroun, le FMI a insisté sur la correction des risques budgétaires liés aux entreprises publiques, dont les passifs implicites représentaient plusieurs centaines de milliards FCFA (plusieurs centaines de millions USD) hors budget.
Appliqué au Gabon, un scénario d'ajustement FMI sur la période 2026-2028 ciblerait donc en priorité ces arbitrages sensibles : montée en charge trop rapide de certaines taxes, dépendance à des recettes exceptionnelles, multiplication de prélèvements affectés et pression concentrée sur la consommation. L'objectif ne serait pas de réduire l'ambition budgétaire, mais de rendre la trajectoire plus crédible, en sécurisant des recettes réellement encaissables et en limitant les effets macroéconomiques négatifs sur la demande intérieure.
Idrissa Diakité
Publié le 06/02/26 13:50
La Rédaction