Le Congo réussit son retour sur les marchés internationaux avec une émission de 700 millions de dollars

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La République du Congo a franchi une étape majeure dans sa stratégie de financement en réalisant avec succès sa première offre publique d'obligations internationales, pour un montant de 700 millions de dollars, à échéance janvier 2035. L'opération, assortie d'un coupon de 9,5 %, marque le retour officiel du pays sur les marchés internationaux de capitaux après plusieurs années d'ajustement budgétaire et de restructuration de sa dette.

Concrètement, une obligation internationale permet à un État d'emprunter directement auprès d'investisseurs mondiaux - fonds d'investissement, gestionnaires d'actifs ou banques - en échange d'un taux d'intérêt fixé à l'avance. Dans le cas congolais, le capital sera remboursé progressivement en cinq tranches annuelles égales à partir de 2031, ce qui réduit le risque d'un remboursement massif en une seule échéance.

Il s'agit d'un signal important : c'est la première fois que le Congo réalise une émission publique de cette ampleur sur les marchés internationaux. Jusqu'ici, le pays avait surtout recours à des placements privés. Cette transaction confirme donc une normalisation progressive de sa relation avec les investisseurs internationaux.

L'objectif de cette émission n'est pas d'augmenter l'endettement global, mais d'en améliorer la structure. Les fonds levés serviront principalement à racheter partiellement une obligation arrivant à échéance en 2032 et à rembourser des dettes contractées sur le marché sous-régional qui arrivent à maturité en mars 2026.

En termes simple, cela revient à remplacer des dettes proches de leur échéance par une dette plus longue. Ce mécanisme permet d'allonger la maturité moyenne du portefeuille, de réduire la pression de refinancement à court terme et de lisser le calendrier des remboursements — un élément clé pour la stabilité budgétaire.

Une maturité record et un coût en baisse

L'échéance 2035 constitue la maturité la plus longue jamais atteinte par une obligation internationale congolaise. Autre élément notable : le rendement affiché est en baisse de plus de 200 points de base par rapport aux opérations précédentes. Autrement dit, le Congo emprunte aujourd'hui à un coût significativement inférieur à celui observé lors de ses dernières sorties sur les marchés.

La demande des investisseurs a été robuste : le carnet d'ordres a dépassé 2 milliards de dollars, soit près de trois fois le montant recherché, avec plus de 100 investisseurs participants. Cette forte souscription a permis de réduire le rendement final de 37,5 points de base lors de la fixation des conditions financières.

Un signal de crédibilité, malgré une notation spéculative

Les obligations sont notées CCC+ par Fitch et S&P, une catégorie considérée comme spéculative. Néanmoins, le succès de l'émission suggère que les investisseurs perçoivent une amélioration progressive du profil macroéconomique et budgétaire du pays.

Pour Christian Yoka, ministre des Finances, du Budget et du Portefeuille public, l'opération marque " le passage du Congo à une nouvelle étape de sa stratégie de financement ". Il y voit " un vote de confiance " en faveur d'une politique fondée sur " la discipline, la crédibilité et la transparence ".

L'émission, réalisée sous le régime Regulation S et cotée sur le marché principal de la Bourse de Londres sous droit anglais, a été pilotée par Citigroup.

Au-delà du montant levé, l'enjeu était stratégique  de démontrer la capacité du Congo à mobiliser des financements internationaux dans un environnement de taux encore élevés et d'exigence accrue en matière de soutenabilité de la dette. En diversifiant sa base d'investisseurs et en sécurisant une maturité plus longue, Brazzaville envoie un signal de stabilisation financière.

Reste désormais à confirmer cette trajectoire par une exécution budgétaire rigoureuse et une consolidation macroéconomique durable, conditions indispensables pour améliorer progressivement sa notation et réduire encore son coût de financement à l'avenir.

Publié le 12/02/26 09:55

Jean Mermoz Konandi

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