Le Sénégal accélère sa stratégie énergétique. Après s'être affirmé comme producteur émergent grâce à ses projets offshore majeurs, le pays engage désormais 100 millions de dollars, soit 55 milliards FCFA, dans une campagne d'exploration pétrolière et gazière terrestre. Cette initiative, pilotée par la compagnie nationale Petrosen, intervient dans un contexte de durcissement réglementaire marqué par la révocation des licences d'opérateurs jugés inactifs. L'objectif vise à renforcer le contrôle national sur les ressources, diversifier les sources de production et consolider la position du Sénégal sur l'échiquier énergétique africain.
Ce virage stratégique fait suite à la révocation de permis d'exploration détenus par des opérateurs n'ayant réalisé que peu ou pas de travaux, malgré des prolongations accordées par l'État. Le ministre de l'Énergie et du Pétrole, Birame Souleye Diop, a notamment cité le cas d'Oranto, dont les engagements sismiques et de forage n'ont pas été honorés. Cette reprise en main traduit la volonté des autorités de mieux valoriser les ressources nationales et d'éviter la rétention spéculative des blocs.
Cette offensive terrestre intervient alors que le Sénégal a franchi un cap décisif en offshore. Le champ gazier Greater Tortue Ahmeyim (GTA), développé par BP, a entamé début 2025 ses premières exportations de Gaz naturel liquéfié (GNL). De son côté, le projet pétrolier Sangomar, opéré par Woodside Energy, a lancé sa production l'année précédente, malgré des retards initiaux. Le pays dispose de réserves pétrolières prouvées estimées à environ 1,03 milliard de barils, tandis que ses ressources en gaz naturel atteindraient environ 450 milliards de pieds cubes, un atout stratégique pour ses ambitions sur le marché international du GNL. Ces avancées ont propulsé le Sénégal dans le cercle restreint des nouveaux producteurs africains d'hydrocarbures.
L'orientation plus affirmée vers la souveraineté énergétique s'est également illustrée dans le dossier Yakaar-Teranga. En 2023, BP s'est retirée de ce projet gazier après un désaccord avec le gouvernement sur la destination du gaz : exportation pour la major britannique, utilisation domestique pour Dakar. Le Sénégal défend une stratégie centrée sur l'alimentation de son plan de production électrique à partir de gaz, avec l'objectif de réduire les coûts de l'énergie et d'améliorer l'électrification nationale. À la suite du retrait de BP, Kosmos Energy a porté sa participation dans le projet de 30 % à 90 %. BP reste toutefois active dans le pays via le projet GTA.
En misant simultanément sur l'offshore et désormais sur l'onshore, le Sénégal cherche à consolider une stratégie intégrée de développement énergétique. L'exploration terrestre pourrait ouvrir un nouveau cycle d'investissements, accroître les capacités de production et renforcer l'indépendance énergétique du pays. Pour Petrosen, il s'agit aussi d'élargir la base des ressources exploitables et de maximiser les retombées économiques nationales.
Publié le 11/02/26 21:53
Narcisse Angan