C'est un pari structurant pour l'économie congolaise. Doté de 73,2 millions d'euros (48 milliards FCFA) et financé par la Banque africaine de développement (BAD), le Projet de développement intégré des chaînes de valeur agricoles au Congo, PRODIVAC, ambitionne de transformer en profondeur le système productif national. Son cap est de réduire la dépendance alimentaire, créer de la valeur localement et ancrer une croissance inclusive et résiliente face au climat.
Déployé le long du corridor Brazzaville-Pointe Noire et dans les bassins des Plateaux, du Pool et de la Bouenza, le programme se veut catalyseur. L'idée n'est pas seulement d'augmenter la production, mais de structurer des chaînes de valeur complètes, du champ au marché.
4 filières pour changer d'échelle
Le choix des filières montre cette logique économique. Manioc et maïs pour les cultures vivrières de base. Aviculture et pisciculture pour renforcer l'offre en protéines animales, segment où la dépendance aux importations reste élevée.
Cette approche intégrée vise la souveraineté alimentaire, mais aussi la création d'emplois et l'émergence d'un tissu de PME agricoles. Le projet prévoit la structuration de 400 organisations agricoles, l'appui à 400 entreprises, la formation de 300 jeunes et l'autonomisation de 50 000 femmes. L'enjeu dépasse la production brute. Il s'agit de faire émerger de véritables entrepreneurs agricoles.
Un investissement massif dans la productivité et les infrastructures
Sur les 73,2 millions d'euros annoncés, près de 37,5 millions sont consacrés à l'entrepreneuriat agricole. En parallèle, 31,2 millions financent l'amélioration de la productivité et la résilience climatique. L'agroforesterie doit couvrir 15 000 hectares. 300 kilomètres de pistes rurales seront réhabilités afin de désenclaver les zones de production. 100 sous projets locaux sont également programmés.
Un volet gouvernance de plus de 8 millions d'euros mise sur la gestion foncière numérisée, la planification territoriale et le développement de partenariats public-privé. Enfin, 8,6 millions sont affectés au pilotage, au suivi et aux audits.
L'architecture budgétaire traduit une priorité donnée au cœur productif tout en renforçant l'organisation économique des acteurs. Une condition essentielle pour passer d'une agriculture de subsistance à une logique de création de valeur.
Des premiers résultats tangibles mais encore incomplets
Les premiers indicateurs communiqués témoignent d'un démarrage opérationnel. 200 jeunes et acteurs agricoles ont été formés à l'entrepreneuriat. 75 coopératives ont été accompagnées. 576 producteurs ont bénéficié d'un appui, dont 36% de femmes.
Plus de 70 tonnes de semences de maïs ont été réceptionnées et distribuées. Près de 1 199 tonnes d'engrais NPK et 560 tonnes d'urée ont été mises à disposition. Des parcelles semencières ont été installées sur plusieurs dizaines d'hectares.
Ces livrables attestent d'une montée en puissance. En revanche, les indicateurs d'impact restent à documenter. Les données sur les rendements, les volumes commercialisés, les revenus générés ou la substitution effective aux importations ne sont pas encore consolidées. Pour un partenaire financier ou un investisseur, ces éléments seront déterminants.
Prévu jusqu'en 2027, le projet affiche une ambition nationale. Pour transformer l'essai, il devra convertir ses intrants et ses infrastructures en impacts mesurables sur l'emploi, les revenus ruraux et la balance commerciale alimentaire.
Publié le 12/02/26 12:29
Dr Ange Ponou