Au plus fort des délestages électriques qui ont frappé le Cameroun entre janvier et au-delà de mars 2024, l'État a dû recourir massivement aux centrales thermiques pour maintenir un minimum d'offre énergétique. Ce choix contraint s'est traduit par une envolée des dépenses en carburant. Selon l'Agence de régulation du secteur de l'électricité (Arsel), " les coûts de combustibles pour l'exercice 2024, après réajustement du dispatch, se sont élevés à 64,507 milliards de FCFA, contre 41,648 milliards de FCFA en 2023 ".
Cette hausse de plus de 22 milliards de FCFA en un an s'explique principalement par les retards enregistrés dans la mise en service complète du barrage hydroélectrique de Nachtigal. Présenté comme le pilier de la nouvelle architecture énergétique du pays, l'ouvrage devait réduire la dépendance du Cameroun aux centrales thermiques, particulièrement gourmandes en fuel. Or, en 2024, ces retards ont prolongé la pression sur le réseau interconnecté Sud (RIS), obligeant les autorités à activer des solutions coûteuses et temporaires.
Dans son rapport d'activités 2024, l'Arsel pointe explicitement cette causalité. " La cause majeure de cette hausse est le retard connu dans la mise en service des centrales de NHPC, qui a entraîné le recours aux centrales thermiques pour assurer l'offre énergétique dans le RIS ", écrit le régulateur. À cette période, la situation hydrologique défavorable du fleuve Ntem, où est implanté le barrage de Memve'ele, a accentué le déficit de production, faisant chuter certaines capacités à des niveaux proches de zéro mégawatt.
Face au risque de tensions sociales liées aux coupures répétées d'électricité, le gouvernement a demandé au distributeur Eneo d'intensifier l'utilisation des centrales thermiques d'appoint. Une décision assumée, mais économiquement lourde. Entre février et mars 2024 seulement, le fonctionnement de ces installations a nécessité des achats de carburant estimés à 18 milliards de FCFA, dont 10 milliards en février et 8 milliards en mars, selon des données communiquées par l'opérateur.
Produire de l'électricité à partir du fuel reste l'option la plus onéreuse du mix énergétique camerounais. Le surcoût induit par cette solution est d'autant plus sensible que "les infrastructures de transport limitent l'injection de l'énergie produite, réduisant l'efficacité globale de l'effort financier consenti", rappelait Eneo en 2024.
La donne commence toutefois à évoluer. Le 18 mars 2025, Nachtigal Hydro Power Company (NHPC) a annoncé la mise en service complète du barrage de Nachtigal, avec ses 420 MW désormais disponibles sur le réseau. Cette capacité représente près de 30 % de la production nationale. Même si là encore, l'insuffisance des infrastructures de transport freinent l'injection optimale de cette énergie dans le réseau électrique national. En outre, l'État doit payer chaque mois une facture de 10 milliards FCFA, que le Cameroun consomme ou pas l'énergie produite par Nachtigal.
Perton Biyiha
La Rédaction
Publié le 15/01/26 15:27