À Mining Indaba 2026, les pays d'Afrique centrale ont cherché à repositionner leur discours face à la ruée mondiale sur les minerais critiques. L'enjeu est désormais clairement chiffré : selon le rapport The State of African Energy 2026, la demande mondiale en minerais clés pour la transition énergétique (manganèse, cobalt, cuivre, lithium, terres rares) pourrait être multipliée par cinq d'ici 2035. Pour la CEMAC, l'objectif n'est plus seulement d'extraire, mais de capter une part plus importante de la valeur industrielle et budgétaire associée à cette nouvelle donne.
Dans ce paysage, le Gabon apparaît comme le pays le plus avancé dans la formalisation d'une stratégie. Deuxième producteur mondial de manganèse, avec une production annuelle estimée autour de 8 millions de tonnes (près de 20 % de l'offre mondiale), le pays affiche un taux de transformation locale d'environ 40 %, supérieur à la moyenne africaine. À cela s'ajoute le projet de fer de Bélinga, dont les ressources dépasseraient un milliard de tonnes, présenté comme un levier potentiel de sidérurgie et d'industrialisation lourde à moyen terme.
Le Cameroun dispose également d'un potentiel significatif, mais encore largement sous exploité. Les gisements de bauxite de Minim-Martap et Ngaoundal sont évalués à plus d'un milliard de tonnes, tandis que le fer de Mbalam-Nabeba représente environ 700 millions de tonnes de réserves. Pourtant, le secteur minier pèse moins de 1 % du PIB, illustrant le fossé entre ressources géologiques et exploitation économique, dans un pays où la consommation électrique reste inférieure à 350 kWh par habitant et par an.
Dans les autres États de la sous-région, la contribution des minerais critiques demeure marginale. En République du Congo, le potentiel en potasse et en fer contraste avec un secteur minier non pétrolier qui représente moins de 2 % du PIB. La Guinée équatoriale reste quasi exclusivement dépendante des hydrocarbures, qui concentrent plus de 90 % des exportations, tandis que le Tchad et la République centrafricaine disposent de ressources (or, uranium, diamants, indices de terres rares) mais dans des contextes de très faibles capacités énergétiques, souvent inférieures à 150 kWh par habitant et par an.
La CEMAC se heurte donc à une contrainte structurante. La transformation des minerais critiques est fortement énergivore, alors que la consommation électrique moyenne de la région reste bien en dessous de 500 kWh par habitant, contre 3 700 kWh au niveau mondial. Le virage africain des minerais critiques met ainsi la région face à un choix : soit rester figé sur l'exportation brute, soit engager des investissements de plusieurs milliards de dollars dans l'énergie, les infrastructures et l'industrie pour s'insérer durablement dans des chaînes de valeur mondiales en pleine expansion.
Idrissa Diakité
Publié le 10/02/26 14:49
La Rédaction