Dans la zone CEMAC, le gaz naturel s'impose progressivement comme le nouvel axe stratégique de diversification économique, à mesure que les limites du pétrole mature apparaissent. Trois pays concentrent aujourd'hui l'attention des investisseurs : le Gabon, la République du Congo et la Guinée équatoriale. Tous disposent de réserves gazières significatives, mais à des stades très différents de structuration industrielle. La question n'est plus celle du potentiel, mais bien celle de l'exécution : lequel parviendra le premier à transformer son gaz en flux d'exportation stables et bancables ?
Sur ce terrain, le Congo apparaît aujourd'hui en position avancée. Le projet Congo LNG, opéré par ENI, est entré dans une phase opérationnelle décisive avec le démarrage progressif des unités flottantes de liquéfaction. À terme, la capacité cumulée doit atteindre environ 3 millions de tonnes de GNL par an, avec des premières cargaisons attendues dès début 2026. Surtout, Brazzaville a fait le choix d'une approche pragmatique : des infrastructures modulaires, un calendrier resserré et un opérateur intégré capable d'absorber les risques techniques et financiers. Le gaz congolais est déjà perçu par les marchés comme imminemment commercialisable.
Le Gabon, de son côté, avance un projet tout aussi structurant mais encore en phase d'industrialisation. Le développement du hub gazier offshore de Cap Lopez, articulé autour d'une unité FLNG et d'une FSU en cours de conversion, vise une capacité d'environ 700 000 tonnes de GNL par an. L'enjeu est à la fois de réduire un torchage estimé à plus d'un milliard de m³ par an et créer une nouvelle source de recettes d'exportation. Toutefois, avec une livraison industrielle attendue à l'horizon 2027, le pari gabonais reste dépendant de la tenue du calendrier, de la discipline d'exécution et de la structuration des contrats commerciaux. Le projet est crédible, mais encore en devenir.
La Guinée équatoriale quant à elle, dispose d'un avantage historique : des infrastructures gazières déjà existantes, notamment autour du complexe de Punta Europa. Le pays cherche désormais à prolonger ce modèle via le développement du gaz associé de champs matures et le lancement d'une nouvelle licensing round offshore en 2026. Malgré un potentiel réel, l'absence récente d'annonces d'investissement majeures et la prudence des majors ralentissent la dynamique. À ce stade, Malabo conserve une avance infrastructurelle, mais peine à enclencher un nouveau cycle gazier comparable à celui du Congo ou à la montée en puissance projetée du Gabon.
Idrissa Diakité
La Rédaction
Publié le 12/01/26 17:53