Nigéria : L’inflation du mois de décembre 2025 devrait finalement bondir à 31%

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L'annonce a de quoi surprendre. L'inflation du mois de décembre au Nigeria devrait bondir de 14,5% en novembre à 31,2%, soit plus du double en un mois. Un emballement qui pourrait laisser croire à une nouvelle dérive incontrôlée des prix. En réalité, il s'agit avant tout d'un effet statistique exceptionnel, lié à une modification de la méthodologie de calcul de l'indice des prix à la consommation.

Consciente du risque de mauvaise interprétation, le Bureau national des statistiques du Nigeria a décidé d'un dispositif inédit, à savoir publier simultanément deux niveaux d'inflation.

Le premier sera le taux ‘'nominal'', censé refléter l'évolution réelle des prix dans l'économie. Le second sera un taux ‘'corrigé'', intégrant l'impact technique du changement de méthode, responsable de cette inflation artificiellement gonflée.

Cette démarche vise à préserver la lisibilité économique des données dans un contexte où l'inflation est devenue un indicateur central pour la politique monétaire.

Une réforme technique aux effets massifs

À l'origine de cette anomalie, une refonte complète de l'indice des prix intervenue l'an dernier, la première depuis 16 ans. Le Nigeria a modifié à la fois son année de référence, désormais fixée à 2024, et la structure même du panier de consommation utilisé pour mesurer l'inflation.

Deux changements majeurs expliquent le choc statistique actuel. D'abord, la période de base est désormais calculée sur la moyenne de l'ensemble des mois de 2024, alors qu'auparavant un seul mois servait de référence.

Ensuite, le panier de biens et services a été profondément élargi, passant de 740 à 934 articles, afin de mieux refléter les habitudes de consommation réelles.

Ce double ajustement, indispensable pour moderniser l'outil statistique, produit mécaniquement un effet de base : les prix actuels sont comparés à une base plus basse ou différemment structurée, ce qui amplifie artificiellement le taux d'inflation.

Pour Ayo Andrew, responsable des statistiques de prix au Bureau national des statistiques, le problème vient précisément de ce retard accumulé : plusieurs décennies sans mise à jour du panier ont rendu l'ajustement brutal.

Le statisticien général, Adeyemi Adeniran, se veut catégorique. Cette envolée à 31,2% ‘'ne reflète pas les fondamentaux économiques, mais des problèmes de calcul''. Autrement dit, elle ne traduit ni une accélération soudaine de la hausse des prix, ni une détérioration nouvelle du pouvoir d'achat.

Ce type de distorsion est courant lors des changements méthodologiques majeurs. Les économistes parlent d'''effet de base'', un phénomène où la variation mesurée dépend autant du point de comparaison que de la réalité économique elle-même. L'inflation devient alors une donnée technique autant que conjoncturelle.

Certains économistes avaient d'ailleurs anticipé cette anomalie dès l'annonce du choix de 2024 comme année de référence, dans un contexte où les prix étaient déjà élevés.

Cette question dépasse le simple cadre statistique. La Banque centrale du Nigeria est en pleine transition vers un régime de ciblage de l'inflation, dans lequel la trajectoire des prix devient l'ancre principale de la politique monétaire. Un chiffre artificiellement gonflé pourrait brouiller la lecture des marchés, durcir inutilement les conditions financières et fragiliser la crédibilité de la stratégie monétaire.

La banque centrale avait toutefois intégré ce biais dans ses projections triennales. Son objectif reste inchangé : ramener l'inflation autour de 13% l'an prochain, soit moins de la moitié du niveau affiché par le chiffre brut attendu pour décembre.

La Rédaction

Publié le 12/01/26 18:01

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