La catastrophe survenue en ce début du mois de mars dans la mine artisanale de Rubaya, dans l'est de la République démocratique du Congo, rappelle la réalité brutale qui entoure l'exploitation des minerais stratégiques dans les zones de conflit. Un éboulement provoqué par de fortes pluies y a coûté la vie à plus de 200 personnes, dont environ 70 enfants, selon un bilan communiqué par le ministère congolais des Mines.
Le drame s'est produit le 3 mars dans plusieurs galeries exploitées par des mineurs artisanaux dans les collines de Rubaya, territoire de Masisi, dans la province du Nord-Kivu. Le communiqué diffusé le lendemain par les services du ministère des Mines évoque un glissement de terrain massif qui a englouti des galeries creusées dans une zone difficile d'accès, alors même que la région échappe au contrôle direct des autorités congolaises.
Dans ce document officiel, le ministère souligne que les structures publiques chargées d'encadrer l'exploitation artisanale, notamment le Service d'assistance et d'encadrement des mines artisanales et à petite échelle (SAEMAPE), ne peuvent plus intervenir dans cette zone contrôlée par les rebelles de l'AFC/M23. L'absence de supervision administrative et technique y expose les mineurs à des conditions de travail particulièrement dangereuses.
Les autorités congolaises rappellent par ailleurs que la zone de Rubaya avait été officiellement classée " zone rouge " en février 2025 par arrêté ministériel, décision renouvelée en novembre de la même année. Selon les services du ministère des Mines, cette classification interdit l'extraction et la commercialisation des minerais issus du site, conformément aux normes du mécanisme régional de certification de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs et aux recommandations de l'OCDE concernant les chaînes d'approvisionnement dans les zones de conflit.
Une mine au potentiel énorme
Si l'accident met en lumière les conditions précaires de l'exploitation artisanale, il renvoie aussi à l'importance économique exceptionnelle du gisement. Rubaya figure parmi les principaux sites de production de coltan au monde. Ce minerai constitue la principale source de tantale, un métal utilisé dans la fabrication de semi-conducteurs, d'équipements électroniques, de turbines industrielles ou encore de composants aéronautiques.
Selon un document gouvernemental consulté par l'agence Reuters, la mine produirait environ 15 % du coltan mondial. Les collines de Rubaya contiendraient plusieurs milliers de tonnes métriques de minerai avec des teneurs en tantale comprises entre 20 et 40 %. L'exploitation repose essentiellement sur des mineurs artisanaux locaux qui descendent dans les galeries pour quelques dollars par jour.
Malgré son importance économique, le site reste sous le contrôle de la rébellion AFC/M23 et de son aile politique Alliance Fleuve Congo. Un rapport des Nations unies publié l'an dernier, cité par Reuters, indique que cette présence alimente des circuits organisés de contrebande de coltan vers le Rwanda. Les rebelles prélèveraient au moins 800 000 dollars par mois sous forme de taxes sur la production et le commerce du minerai.
Rubaya apparaît également dans la stratégie minière internationale que Kinshasa cherche à développer avec Washington. Selon des informations obtenues par Reuters auprès d'un haut responsable congolais et d'un diplomate américain, la mine figure parmi les actifs miniers présentés aux États-Unis dans le cadre d'un partenariat sur les minerais stratégiques.
La question de Rubaya a été évoquée lors d'une réunion tenue le 5 février à Washington entre représentants congolais et américains, consacrée à l'avancement de ce partenariat conclu en décembre autour de l'accès aux minerais critiques.
Dans les documents transmis aux partenaires américains, les autorités congolaises estiment que la remise en exploitation industrielle du gisement nécessiterait entre 50 et 150 millions USD d'investissements. Kinshasa juge l'opération potentiellement rentable à court terme en raison de la demande mondiale croissante pour le tantale.
Dans ses communications officielles, le gouvernement congolais présente la tragédie de Rubaya comme une illustration des conséquences de la perte de contrôle de certaines zones minières. Pour les autorités, la sécurisation et la pacification de ces sites apparaissent désormais comme une condition préalable à toute exploitation durable de ressources qui figurent parmi les plus convoitées de l'économie mondiale.
Perton Biyiha
Publié le 06/03/26 15:25
La Rédaction
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CEMAC