L'essor fulgurant de l'intelligence artificielle (IA) repose sur une infrastructure invisible mais très gourmande en ressources : les centres de données. Leur impact sur l'eau devient un enjeu économique et environnemental majeur.
Aujourd'hui, les centres de données représentent environ 1,5% de la consommation mondiale d'électricité. D'ici 2030, cette consommation pourrait plus que doubler pour atteindre 945 térawattheures (TWh), soit l'équivalent de la consommation annuelle du Japon.
Mais l'électricité n'est qu'une partie du problème. Les centres de données consomment massivement de l'eau pour le refroidissement des serveurs. À cela s'ajoute l'eau utilisée indirectement pour produire l'électricité nécessaire à leur fonctionnement. Cette consommation indirecte peut représenter jusqu'à 80% de leur empreinte hydrique totale.
Selon les estimations, la demande mondiale en eau liée à l'IA pourrait atteindre entre 4,2 et 6,6 milliards de m³ dès 2027, soit 4 à 6 fois les prélèvements annuels d'eau du Danemark.
La pression est surtout locale. Plus d'un tiers des centres de données mondiaux sont déjà implantés dans des zones confrontées à une pénurie d'eau, où les prélèvements dépassent les ressources disponibles. Dans ces régions, la concurrence avec l'agriculture, les ménages et les écosystèmes devient inévitable.
Cette dynamique intervient dans un contexte mondial alarmant : les réserves d'eau douce diminuent en moyenne de 324 milliards de m³ par an depuis 20 ans. Dans les pays à faible revenu, les épisodes de sécheresse ont augmenté de 233% en 50 ans, freinant directement la croissance économique.
Le paradoxe est que l'IA, tout en accroissant la pression sur l'eau, peut aussi améliorer sa gestion. Elle permet de détecter les fuites, d'optimiser l'irrigation, de prévoir les sécheresses et de mieux réutiliser les ressources hydriques. D'un point de vue économique, le bénéfice social de ces applications pourrait largement dépasser le coût social de l'eau consommée par les centres de données, à condition que ces usages vertueux soient effectivement encouragés.
La Rédaction
Publié le 12/01/26 18:58