Une vague de spéculations a déferlé ces derniers jours sur les réseaux sociaux, affirmant qu'une dévaluation du franc CFA en zone CEMAC serait sur le point d'être officialisée lors d'un sommet extraordinaire des chefs d'État prévu le 22 janvier à Brazzaville. Ces messages, largement partagés, laissaient entendre qu'une crise monétaire s'annoncerait, alimentée par une baisse des réserves de change et une croissance économique atone.
Face à cette rumeur persistante, la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) est sortie de sa réserve. Dans une déclaration officielle rendue publique le 16 janvier 2026, le gouverneur Yvon Sana Bangui a fermement rejeté toute idée de dévaluation du franc CFA. " Contrairement à certaines rumeurs infondées circulant sur les réseaux sociaux, la BEAC tient à réaffirmer avec la plus grande fermeté qu'aucune dévaluation du franc CFA n'est à l'ordre du jour ", a-t-il déclaré.
Des fondamentaux sous pression, mais loin d'un scénario de crise
Le discours de la BEAC s'efforce de rassurer. L'institution insiste sur l'ancrage de la monnaie, sa convertibilité garantie, et sur des indicateurs macroéconomiques jugés encore robustes malgré un contexte de ralentissement, même si elle reconnaît tout de même un environnement économique plus contraint.
Selon les dernières perspectives économiques et monétaires de la CEMAC, la croissance régionale devrait effectivement ralentir en 2025, pour s'établir autour de 2,4 %, contre environ 2,7 % en 2024. Ce tassement est principalement attribué au recul de la production pétrolière et gazière dans certains États, dans un contexte de maturité des champs et de contraintes d'investissement. La BEAC souligne toutefois que l'activité non pétrolière demeure résiliente, évitant une contraction globale de l'économie. A moyen terme, la trajectoire apparaît plus favorable.
Les services de la Banque centrale projettent une accélération progressive de la croissance à environ 3,3 % en 2026, puis une poursuite de cette dynamique au-delà, portée par la diversification économique, les investissements publics et une meilleure tenue de la demande intérieure.
Sur le front de l'inflation, autre indicateur clé dans l'analyse d'un risque de dévaluation, la BEAC se veut catégorique. L'inflation moyenne est projetée à 2,2 % en 2025, puis 2,7 % en 2026, des niveaux inférieurs au seuil communautaire de 3 %. Pour l'institution, cette maîtrise des prix constitue un signal fort de stabilité monétaire, à l'opposé des spirales inflationnistes observées dans les économies contraintes de dévaluer leur monnaie.
Les réserves de change, souvent au cœur des inquiétudes, font également l'objet d'un diagnostic nuancé. La BEAC admet une contraction attendue en 2025, avec des réserves estimées à environ 6 377 milliards de FCFA, représentant 4,2 mois d'importations, contre 4,9 mois un an plus tôt.
Ce niveau reste toutefois au-dessus des seuils critiques généralement retenus par les autorités monétaires internationales pour juger de la soutenabilité d'un régime de change fixe. Surtout, les projections à moyen terme de la BEAC anticipent une stabilisation puis un redressement progressif des réserves, avec une couverture des importations pouvant remonter au-delà de 5 mois entre 2026 et 2028, sous l'effet d'un renforcement de la réglementation des changes, d'une meilleure centralisation des recettes d'exportation et d'une discipline accrue des opérateurs économiques. Dans ce contexte, la Banque centrale estime que la convertibilité du franc CFA n'est pas menacée, et qu'un ajustement brutal du taux de change ne se justifie pas.
La dévaluation, c'est quoi?
Sur le plan technique, une dévaluation consiste à réduire volontairement la valeur officielle d'une monnaie par rapport à sa devise de référence, dans le cas du franc CFA, historiquement lié au franc français puis à l'euro. Concrètement, cela signifie qu'il faut plus d'unités de la monnaie locale pour acheter la même quantité de devise étrangère. Le dernier épisode de ce type dans l'histoire du franc CFA remonte à janvier 1994, lorsque la parité fut ajustée de 50 à 100 FCFA pour 1 franc français, entraînant une dévaluation de 50 %. Cette décision, prise dans un contexte de forte surévaluation de la monnaie, de déséquilibres extérieurs profonds et de pression des partenaires financiers, notamment le FMI, visait à restaurer la compétitivité des exportations et à corriger des déséquilibres macroéconomiques structurels. À l'époque, les réserves de change étaient très faibles, la croissance était négative et la zone faisait face à des crises économiques aiguës.
Les indicateurs actuels de la zone CEMAC, bien qu'ils montrent certains défis, ne semblent pas refléter une situation analogue à celle d'il y a trois décennies. Les réserves de change, malgré un léger recul attendu à fin 2025, restent à un niveau jugé confortable par la banque centrale et les projections monétaires à moyen terme suggèrent même une tendance à la stabilisation ou à la hausse des avoirs extérieurs nets dans les prochaines années grâce à un meilleur respect des réglementations de change, à la croissance des exportations non pétrolières et à l'afflux d'investissements directs étrangers.
Sur le plan de la croissance, après un ralentissement en 2025, les prévisions officielles tablent sur une reprise plus vigoureuse pour 2026 et au-delà, portée par la diversification économique et un environnement régional plus favorable.
Les autorités de la BEAC reconnaissent que la politique monétaire ne peut agir seule pour garantir la stabilité à long terme. Elles appellent donc à une rigueur budgétaire accrue des États membres, à une coopération internationale renforcée et à un respect scrupuleux des réglementations financières afin de consolider les acquis.
Perton Biyiha
La Rédaction
Publié le 17/01/26 13:42