Electricité: Le Congo revendique des progrès en matière de production mais l’économie du secteur reste sous tension

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Selon le ministère de l'Énergie et de l'Hydraulique, la production électrique nationale atteignait environ 770 mégawatts en 2025, pour une demande estimée autour de 600 mégawatts.

Cette donnée a été rappelée publiquement par le ministre Émile Ouosso lors de son intervention dans l'émission " 30 jours pour convaincre en toute transparence ", diffusée recemment. Le gouvernement met notamment en avant la contribution de la Centrale électrique du Congo (CEC) de Côte Matève, à Pointe-Noire, qui fournit à elle seule près de 484 mégawatts grâce au gaz naturel.

Une énergie inégalement répartie

Dans les faits, cette capacité excédentaire reste largement théorique pour une partie du pays. Le principal goulot d'étranglement se situe au niveau du transport et de la distribution.

Sur les quelque 300 mégawatts destinés à Brazzaville depuis Pointe-Noire, moins de 100 mégawatts parviennent effectivement à la capitale, en raison de la vétusté d'une ligne de transport mise en service en 1982.

Les postes stratégiques de Mindouli et de Loudima, longtemps identifiés comme des points de rupture du réseau, font l'objet de travaux de réhabilitation financés notamment par la Banque mondiale et le groupe italien Eni, pour un montant global dépassant 120 milliards de francs CFA, selon les autorités.

Ces contraintes techniques s'ajoutent à une situation financière dégradée du service public. En 2022, les pertes totales du réseau électrique atteignaient 45 %, soit environ le double de la moyenne observée en Afrique subsaharienne, d'après les données officielles.

L'entreprise publique Énergie électrique du Congo (E²C), qui assure la gestion transitoire du service depuis la dissolution de la Société nationale d'électricité en 2018, cumule les déséquilibres.

Plus de 40 % des clients sont facturés au forfait ou ne paient pas l'électricité, tandis que le taux de recouvrement plafonne à 73 %. Les tarifs, inchangés depuis 1994, ne couvrent qu'un peu plus de la moitié du coût réel du service, ce qui maintient l'entreprise dans une spirale d'endettement chronique.

Des ambition colossales

C'est dans ce contexte que le gouvernement a lancé, début 2025, le " Projet Électricité pour tous " (PET), pilier du Compact énergétique realisé avec le concours de la Banque mondiale.

L'objectif affiché est d'atteindre l'accès universel à l'électricité dans toutes les localités de plus de 1 000 habitants à l'horizon 2035, tout en alimentant les zones économiques spéciales, les industries minières et en se positionnant à terme comme exportateur régional au sein de la Communauté economique des Etats de l'Afrique Centrale.

À plus court terme, les autorités visent un taux d'accès de 90 % en milieu urbain et de 50 % en milieu rural d'ici 2030, ce qui implique près de 953 000 nouveaux branchements.

Les besoins additionnels en puissance sont estimés à plus de 2 500 mégawatts, ce qui oblige l'État à programmer des investissements massifs dans la production, le transport et la distribution.

Les seules infrastructures de distribution et de lignes moyenne tension représenteraient près de 1 000 milliards de francs CFA, selon les projections officielles.

Le schéma énergétique privilégie les renouvelables pour les projets pouvant être mis en service avant 2030, notamment l'hydroélectricité et le solaire, mais la majorité de la capacité supplémentaire devrait provenir de l'extension des centrales à gaz existantes et de la réhabilitation d'ouvrages vieillissants, comme le barrage d'Imboulou.

Ce dernier illustre les fragilités de la gouvernance du secteur. Construit pour environ 170 milliards de francs CFA et d'une capacité théorique de 120 mégawatts, l'ouvrage est aujourd'hui partiellement à l'arrêt, faute de maintenance régulière.

Une turbine est hors service depuis 2018 et l'état des infrastructures fait peser un risque technique et juridique, selon les déclarations du ministre de l'Énergie en 2024.

Malgré ces faiblesses, les autorités défendent un bilan en amélioration. Le taux d'accès national à l'électricité serait passé de 49 % à 59 % entre 2023 et 2024, dans un pays où près de 80 % de la population vit à Brazzaville et Pointe-Noire. 

 

Perton Biyiha

La Rédaction

Publié le 16/01/26 17:05

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