Le Nigeria ouvre un nouveau chapitre de sa stratégie numérique. En délivrant des permis d'exploitation de satellites à l'américain Amazon, à l'israélien NSLComm et à l'allemand Satelio IoT Services, Abuja accélère l'ouverture de son marché du haut débit par satellite et installe une concurrence frontale face à Starlink, le service de SpaceX d'Elon Musk, jusqu'ici largement dominant.
La NCC, Commission nigériane des communications, le régulateur, a annoncé avoir accordé à ces opérateurs des licences de sept ans dans le cadre de ses directives sur les communications commerciales par satellite. Un dispositif réglementaire conçu pour attirer les investissements et aligner le pays sur les meilleures pratiques internationales. Ces autorisations concernent des Systèmes de satellites non géostationnaires de nouvelle génération (NGSO), en orbite terrestre basse, appelés à transformer l'accès à Internet dans le pays le plus peuplé d'Afrique.
Amazon Kuiper autorisé à opérer dès 2026
Parmi les nouveaux entrants, Amazon Kuiper Systems, filiale spatiale du géant fondé par Jeff Bezos, constitue le signal le plus fort. Le groupe américain a obtenu une licence de sept ans pour opérer sa constellation Project Kuiper, sur la période allant de février 2026 à février 2033. Le permis autorise Amazon à fournir de l'Internet haut débit fixe, des services mobiles par satellite, ainsi qu'une connectivité pour des plateformes mobiles telles que les navires et les aéronefs.
A ses côtés, NSLComm a été autorisée à déployer son réseau BeetleSat-1, fort de 264 satellites, tandis que Satelio IoT Services a reçu le feu vert pour son système dédié à l'Internet des objets (IoT), qui prévoit à terme 491 satellites, bien qu'un seul soit actuellement en orbite. Pour la NCC, l'objectif est clair : multiplier les options technologiques, afin d'accélérer le déploiement du haut débit, en particulier dans les zones rurales et enclavées où les réseaux de fibre optique et les infrastructures mobiles peinent à assurer un service fiable.
Un marché déjà bousculé par Starlink
Ces décisions interviennent dans un contexte de transformation rapide du marché nigérian de l'Internet. Starlink, autorisé plus tôt, a démontré l'existence d'une demande massive pour une connectivité stable et à haut débit. Fin 2025, le service comptait 66 523 abonnés, faisant de lui le deuxième fournisseur d'accès à Internet du pays, malgré des tarifs élevés. Mais cette adoption rapide a aussi mis en lumière les limites du modèle actuel. Les prix de Starlink ont connu de fortes variations, sous l'effet de la dépréciation du naira et de la hausse des coûts d'importation. L'abonnement mensuel s'établit désormais autour de 38 dollars, contre environ 25 dollars début 2024, après une intervention du régulateur qui a freiné une augmentation plus brutale. Un niveau de prix qui reste hors de portée pour une large partie des ménages nigérians, alimentant le débat sur l'accessibilité financière du haut débit par satellite.
L'arrivée d'Amazon change potentiellement la donne. Fort de ressources financières colossales, d'une infrastructure mondiale et d'une stratégie de déploiement progressive, le groupe américain se positionne comme un concurrent crédible à Starlink. Selon des sources du secteur, Amazon a déjà ouvert une liste d'attente à destination des agences gouvernementales, des entreprises et des particuliers, et lancé des tests préliminaires en environnement professionnel dès novembre 2025.
Toutefois, le lancement commercial à grande échelle n'est pas attendu avant le deuxième trimestre 2026. D'ici là, Amazon doit poursuivre le déploiement de sa constellation, conformément à la réglementation américaine qui impose la mise en orbite d'au moins la moitié des satellites d'ici mi-2026. Au-delà du seul Nigeria, cette ouverture du marché s'inscrit dans une tendance plus large en Afrique. Confrontés à des déficits structurels d'infrastructures terrestres, de nombreux pays voient dans l'Internet par satellite une voie plus rapide vers l'inclusion numérique, la réduction de la fracture territoriale et le soutien à l'économie numérique.
Narcisse Angan
Publié le 16/01/26 14:06