Au Gabon, l'attribution des véhicules administratifs est strictement encadrée par un décret en vigueur depuis 2013, qui autorise des plafonds allant jusqu'à 95 millions de FCFA pour les plus hautes fonctions de l'État. Pris isolément, le dispositif est légal, normé et assumé. Mais rapporté à l'échelle de l'administration dans son ensemble, il révèle un coût structurel largement sous-estimé, rarement consolidé dans le débat budgétaire, alors même que l'État appelle à la rigueur et à l'optimisation des dépenses publiques.
En effet, au-delà du prix d'achat, le coût global annuel d'un véhicule administratif inclut l'entretien, le carburant, l'assurance, les chauffeurs, la logistique et les renouvellements fréquents. En retenant une hypothèse de par exemple 500 véhicules de fonction et de commandement toutes catégories confondues, avec un coût moyen d'acquisition de 40 à 50 millions de FCFA, l'investissement initial peut dépasser 20 à 25 milliards de FCFA. À cela s'ajoutent des charges récurrentes estimées entre 6 et 10 millions de FCFA par véhicule et par an, soit 3 à 5 milliards FCFA supplémentaires chaque année pour le budget de fonctionnement.
Ce type de dépense n'est pas propre au Gabon. Il illustre un modèle administratif répandu dans de nombreux États africains, où le véhicule de fonction reste un marqueur de statut autant qu'un outil de travail. Mais dans un contexte de pressions sur les finances publiques, de dettes intérieures non apurées et de besoins massifs en infrastructures sociales, cette dépense pose une question économique plus large : quel est le rendement réel de ce confort administratif ? Et surtout, quelle est son opportunité au regard des arbitrages budgétaires imposés aux entreprises et aux ménages ?
Une révision progressive des pratiques entre mutualisation des flottes, allongement des cycles de renouvellement, plafonds revus, ou développement de parcs administratifs partagés, pourrait dégager des marges budgétaires significatives, sans remettre en cause le fonctionnement de l'État. À l'échelle panafricaine, le débat dépasse d'ailleurs le symbole : il interroge la qualité de la dépense publique et la capacité des États à aligner leur train de vie administratif sur les contraintes économiques qu'ils imposent à leurs économies.
Idrissa Diakité
La Rédaction
Publié le 12/01/26 13:40