Le Gabon franchit un cap structurant dans la valorisation de son gaz naturel avec le projet Cap Lopez, en s'adossant au groupe émirati DP World à travers sa filiale industrielle Drydocks World. Au cœur du dispositif : la conversion d'un méthanier en Floating Storage Unit (FSU), destinée au stockage et à l'export du gaz traité offshore. Un choix technique qui traduit une volonté de passer d'une logique de torchage à une logique de monétisation, dans un contexte où le gaz associé reste encore largement sous-exploité.
Sur le plan capacitaire, l'enjeu est mesurable. Le projet vise une augmentation de la production nationale de 105 millions de pieds cubes standards par jour, soit environ 1,1 milliard de m³ par an en équivalent gaz. À titre de comparaison, le Gabon a torché près de 1,4 milliard de m³ de gaz en 2022, selon les données de la Banque mondiale. L'équation économique est donc directe : chaque mètre cube capté et stocké via Cap Lopez constitue un gain potentiel en recettes d'exportation, tout en améliorant le bilan environnemental du pays.
Le chantier confié à Drydocks World illustre l'ampleur industrielle du projet. Les travaux, réalisés sous la classification Lloyd's Register, comprennent la fabrication de plus de 700 tonnes d'acier, la pose de près de 3 kilomètres de tuyauterie, ainsi que l'intégration d'un module de récupération des gaz d'évaporation de 1 400 tonnes. À cela s'ajoutent des systèmes électriques lourds et des dispositifs de sécurité adaptés aux standards internationaux du GNL, confirmant qu'il ne s'agit pas d'un simple retrofit, mais bien d'une reconfiguration complète de l'unité.
L'entrée de DP World dans ce projet n'est pas neutre. Le groupe émirati a réalisé 20 milliards de dollars de chiffre d'affaires en 2024 et opère aujourd'hui dans plus de 75 pays, avec une expertise reconnue dans les infrastructures critiques, portuaires et énergétiques. Pour Libreville, cet adossement apporte une crédibilité d'exécution, un facteur clé dans un secteur où les retards techniques et les surcoûts ont historiquement freiné la mise en valeur du gaz en Afrique centrale.
Attendue pour juillet 2027, la livraison de la FSU Cap Lopez s'inscrit dans une stratégie de diversification économique et de sécurisation des recettes d'exportation, portée par un nouveau plan directeur à 4536 milliards FCFA. Sans constituer à elle seule une révolution gazière, cette infrastructure historique, qui servirait autrefois pour le pétrole, marque un tournant qui indique que le Gabon ne se contente plus de produire du gaz, il cherche désormais à l'intégrer pleinement dans sa chaîne de valeur, avec une approche industrielle, exportable et bancable.
Idrissa Diakité
La Rédaction
Publié le 13/01/26 14:26