L'accès au logement économique et social, pourtant pilier de la politique publique ivoirienne depuis plusieurs années, reste hors de portée pour une large frange de ménages à faible revenu. Conscient du décalage entre les dispositifs existants, axés sur les opérateurs immobiliers, et la réalité du pouvoir d'achat, le gouvernement introduit dans l'annexe fiscale 2026 un mécanisme inédit : un crédit d'impôt directement orienté vers les primo-accédants.
Selon les nouvelles dispositions, toute personne physique acquérant ou construisant son premier logement pourra bénéficier d'un crédit d'impôt équivalent à 5 % du prix du logement, à condition que celui-ci ne dépasse pas 40 millions FCFA TTC, soit environ 71 000 dollars. Un geste fiscal ciblé qui vise à réduire le coût réel d'un achat immobilier, en particulier pour les ménages dont la capacité d'épargne reste limitée.
L'État va plus loin en supprimant plusieurs charges annexes qui alourdissaient jusqu'ici la facture. Pour l'acquisition d'un premier logement, les droits de publicité foncière (système de publication officielle qui rend public les informations concernant les biens immobiliers) seront tout simplement exonérés. Pour la construction, l'exonération de la taxe sur les opérations bancaires (TOB) est étendue aux prêts contractés spécifiquement pour bâtir un premier logement, en plus de l'exonération des droits de publicité foncière.
Autre élément clé : la manière dont ce crédit d'impôt sera effectivement utilisé. Le texte prévoit qu'il sera imputable sur l'impôt foncier, et ce sur une période pouvant aller jusqu'à cinq ans, à compter de l'acquisition ou de l'achèvement des travaux. Autrement dit, il ne s'agit pas d'un remboursement direct mais d'un allègement progressif des obligations fiscales du propriétaire, permettant une respiration financière durable.
Avec ce réaménagement, le gouvernement réoriente son effort fiscal vers les ménages à faible revenu qui en ont le plus besoin, tout en relançant une chaîne immobilière confrontée à la hausse des coûts de construction et le ralentissement des mises en chantier. Reste désormais à mesurer si ce crédit d'impôt sera suffisamment incitatif pour transformer l'ambition sociale de l'État en véritable accélérateur d'accession à la propriété pour les classes modestes.
Jean Mermoz Konandi
Publié le 13/01/26 12:55