Le groupe pétrolier britannique Shell, accélère le tempo en eaux profondes nigérianes, avec la relance les appels d'offres pour la fourniture d'un navire flottant de production, de stockage et de déchargement (FPSO) d'une capacité de 150 000 barils par jour, pièce maîtresse du développement du projet pétrolier Bonga South West-Aparo (BSWA). Une initiative stratégique destinée à sortir de l'ornière l'un des projets offshore, les plus prometteurs et les plus retardés du Nigeria.
Selon des sources proches du dossier, la major évalue actuellement les réponses aux demandes de préqualification, première étape d'un processus d'appel d'offres qui devrait s'étendre jusqu'en mars 2026. Ce calendrier marque un tournant pour BSWA, découvert dès 2001 mais resté, depuis plus de dix ans, dans une phase de conception prolongée, freinée par des arbitrages techniques, financiers et capitalistiques complexes.
BSWA s'inscrit dans la continuité du complexe Bonga, l'un des piliers du portefeuille offshore de Shell au Nigeria. Le projet s'étend vers les champs d'Aparo (OML 132 et 140), exploités par Chevron avec Lukoil comme partenaire. Le segment Bonga est, quant à lui, détenu par Shell (55%), ExxonMobil (20%), Eni (12,5%) et, jusqu'en 2025, TotalEnergies (12,5%), dont la participation a été cédée à Shell et Eni pour un montant de 510 millions de dollars.
Les chiffres donnent la mesure de l'enjeu. D'après des données indépendantes de 2021, BSWA renfermerait près de 645 millions de barils de pétrole et de condensats récupérables, environ 19,5 milliards de mètres cubes de gaz, auxquels s'ajoutent quelque 630 millions de barils de ressources potentielles. Des volumes qui placent le projet parmi les développements offshore les plus structurants du pays.
Shell ambitionne de parvenir à une décision finale d'investissement (FID) entre 2026 et 2027. Mais le consensus reste fragile au sein du consortium, chaque partenaire avançant avec ses propres contraintes de capital, ses priorités géographiques et sa lecture du marché pétrolier mondial. Cette divergence explique en grande partie les reports successifs qui ont jalonné l'histoire de BSWA.
La dernière manifestation d'intérêt, lancée en 2019, avait pourtant suscité l'appétit des grands noms de l'ingénierie offshore, à l'image de Daewoo Shipbuilding, Hyundai Heavy Industries, Technip ou encore Samsung Heavy Industries. La relance actuelle du processus d'appel d'offres confirme que Shell entend capitaliser sur cette base industrielle, tout en tenant compte de l'évolution des coûts, des exigences environnementales et des nouvelles configurations contractuelles.
Narcisse Angan
Publié le 15/01/26 13:58