La Banque centrale du Nigéria (CBN) franchit un tournant stratégique en officialisant sa transition vers un cadre de ciblage de l'inflation. Dans ses perspectives macroéconomiques pour 2026, l'institution monétaire fixe un objectif d'inflation de 16,5%, avec une marge de tolérance de ±2 points, soit 18,5%, et ambitionne de ramener la hausse des prix à 13% d'ici 2027, rapporte Bloomberg. Une inflexion de politique monétaire qui s'inscrit dans l'agenda de réformes engagé depuis l'arrivée au pouvoir du président Bola Tinubu.
Confronté à une inflation structurellement élevée, le Nigéria tente de restaurer la crédibilité de sa politique monétaire. Après une inflation moyenne attendue autour de 21% en 2025, la CBN vise un premier palier à 16,5% en 2026, contre un objectif implicite de 18,5% cette année. À moyen terme, l'objectif est plus ambitieux : 13% d'ici 2027, étape intermédiaire vers une inflation à un chiffre. Selon la banque centrale, cette phase de transition repose sur des objectifs d'inflation graduels, conçus pour renforcer la prévisibilité et la crédibilité de la politique monétaire.
Le choix du ciblage de l'inflation rapproche le Nigéria de pays africains comparables tels que le Ghana et l'Afrique du Sud, qui ont adopté des cadres similaires pour stabiliser durablement les prix. Cette orientation marque une rupture avec une gestion monétaire longtemps contrainte par des distorsions structurelles, contrôle des changes, subventions énergétiques, interventions administratives, aujourd'hui en voie de démantèlement.
Depuis 2023, le gouvernement de Bola Tinubu a engagé des réformes sensibles mais structurantes : libéralisation du marché des changes, suppression des subventions sur les carburants et préparation d'un nouveau régime fiscal attendu au 1er janvier. Autant de décisions qui ont initialement alimenté les tensions inflationnistes, mais que les autorités présentent comme nécessaires pour assainir les fondamentaux macroéconomiques.
La trajectoire reste toutefois exposée à des risques significatifs. La banque centrale pointe explicitement la menace d'une dérive des dépenses publiques, notamment à l'approche des élections générales de 2027. Des dépenses préélectorales excessives ou des engagements extrabudgétaires pourraient compromettre l'objectif de désinflation et raviver les pressions sur les prix.
Dans un pays où la coordination entre politique monétaire et politique budgétaire demeure un défi, la réussite du ciblage de l'inflation dépendra autant de la rigueur fiscale que de la discipline monétaire. En adoptant un cadre explicite de ciblage de l'inflation, la Banque centrale du Nigéria envoie un signal fort aux marchés, aux investisseurs et aux ménages. Le pari est clair : ancrer les anticipations, restaurer la confiance et créer les conditions d'une croissance plus stable.
Narcisse Angan
Publié le 05/01/26 17:10