Tchad : Structurer la gomme arabique et le sésame pour capter la valeur ajoutée perdue à l’export

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L'échange tenu le 6 janvier 2026 entre le ministre du Commerce et de l'Industrie, Guibolo Fanga Mathieu, et l'Action Tchadienne pour la Promotion de la Gomme Arabique (ATPGA) met en lumière un paradoxe économique. Le Tchad figure parmi les producteurs reconnus de gomme arabique et de sésame, mais reste largement absent de la chaîne de valeur mondiale. Pourtant ces deux produits, très demandés par les industries agroalimentaires, pharmaceutiques et cosmétiques, continuent d'être exportés majoritairement à l'état brut, privant l'économie nationale de marges substantielles et de recettes fiscales durables.

À l'échelle mondiale, le marché de la gomme arabique est estimé à plus de 1 milliard de dollars par an, dominé par le Soudan, qui concentre près de 70 % de l'offre mondiale, précisément grâce à une meilleure organisation de la filière et à des capacités de transformation locales. À l'export brut, le kilogramme de gomme arabique se négocie entre 1,5 et 2 dollars, tandis que transformé (poudres, additifs alimentaires), sa valeur peut être multipliée par quatre à six. Même logique pour le sésame : vendu brut autour de 900 à 1 200 dollars la tonne, il dépasse 2 500 dollars une fois transformé en huile ou en produits dérivés.

Cette situation est pour le Tchad, aggravée par des contraintes structurelles bien identifiées lors des échanges : faible structuration des acteurs, dispersion des producteurs, insuffisance d'unités industrielles, mais aussi pression fiscale et multiplicité des prélèvements qui réduisent la compétitivité des exportateurs locaux face à leurs concurrents régionaux. À défaut d'une politique incitative mêlant fiscalité adaptée, accès au financement, logistique et normalisation, la transformation locale demeure marginale, alors même que ces filières pourraient générer des milliers d'emplois ruraux et industriels et stabiliser les revenus agricoles.

C'est précisément ce déficit de captation de valeur que le Plan national de développement Tchad Connexion 2030 ambitionne de corriger. En plaçant la diversification économique et la valorisation des filières porteuses au cœur de sa stratégie, le gouvernement cherche à faire de la gomme arabique et du sésame des leviers d'exportations non pétrolières crédibles. L'enjeu dépasse la simple agriculture : il s'agit d'un test de la capacité du Tchad à passer d'une économie d'exportation brute à une économie de transformation, seule voie capable de sécuriser des recettes durables et d'ancrer la croissance hors hydrocarbures.

 

Idrissa Diakité

La Rédaction

Publié le 08/01/26 12:56

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