Longtemps, l'expertise intellectuelle et stratégique en matière de politiques publiques africaines s'est construite à l'extérieur du continent. Cette dépendance progressive aux références internationales tend désormais à s'estomper. Depuis plus d'une décennie, une dynamique plus endogène se dessine, portée par l'émergence de talents africains formés pour penser, piloter et transformer les économies du continent. Le Programme de bourses Afrique de la Banque mondiale s'inscrit au cœur de cette mutation.
Lancé en 2013, ce programme vise à renforcer le capital humain africain de haut niveau dans les domaines du développement, de la gouvernance et de la recherche économique, afin de nourrir des politiques publiques mieux ancrées dans les réalités locales. Douze ans plus tard, le bilan est tangible. Plus de 270 boursiers ont été formés, constituant un vivier de compétences aujourd'hui actives dans les centres de décision, les universités, les institutions internationales et les organisations de la société civile.
Des trajectoires individuelles au service de la transformation collective
Les parcours de Théophiline Boser-Durek, Fatoumata Nankoto Cissé et Eleni Yitbarek illustrent cette nouvelle génération de leaders africains façonnés par le programme. Militante et chercheuse ghanéenne, Théophiline Boser-Durek œuvre au Centre africain pour la transformation économique à Accra, où elle intègre systématiquement la dimension genre dans l'analyse macroéconomique. Son travail, à la croisée de l'économie du soin, de la gouvernance inclusive et de la budgétisation sensible au genre, traduit une approche moderne de la transformation économique, attentive à la redistribution des opportunités et à l'inclusion des femmes.
Au Sénégal, Fatoumata Nankoto Cissé incarne un autre versant de cette contribution. Économiste de formation, elle a rejoint le cœur de l'appareil d'État, au sein du cabinet du président Bassirou Diomaye Faye, où elle participe à l'optimisation des décisions stratégiques, notamment dans le secteur de l'énergie. Son expérience antérieure à la Banque mondiale, notamment dans l'évaluation d'impact des politiques publiques, renforce la capacité de l'administration à fonder ses choix sur des données probantes.
En Afrique du Sud, Eleni Yitbarek représente la dimension académique de ce capital humain renforcé. Professeure agrégée d'économie à l'Université de Pretoria, elle contribue à la production de connaissances de haut niveau sur la pauvreté, les inégalités et les dynamiques sociales, tout en collaborant étroitement avec des institutions multilatérales. Ses travaux nourrissent à la fois la recherche internationale et les politiques publiques nationales.
Au-delà des trajectoires individuelles, le Programme de bourses Afrique de la Banque mondiale répond à un enjeu stratégique plus large : bâtir une souveraineté intellectuelle africaine en matière de développement. En investissant dans la formation de chercheurs, d'économistes et de décideurs issus du continent, l'initiative contribue à réduire l'asymétrie de compétences et à ancrer les politiques publiques dans une compréhension fine des réalités économiques, sociales et institutionnelles africaines.
Dans un contexte marqué par des défis structurels persistants — transformation économique, emploi des jeunes, transition énergétique, inclusion sociale — la disponibilité de compétences locales de haut niveau devient un facteur clé de résilience et de performance des États. Le programme s'impose ainsi comme un levier déterminant de la transformation africaine.
À l'heure où les pays du continent cherchent à reprendre la main sur leurs trajectoires de développement, l'investissement dans le capital humain apparaît plus que jamais comme un choix stratégique. En ce sens, le Programme de bourses Afrique ne se contente pas de former des individus, il contribue à façonner l'architecture intellectuelle du leadership africain de demain.
La Rédaction
Publié le 09/01/26 17:05