Le régulateur de la filière, le Conseil du Café-Cacao, a fixé le prix bord champ du cacao à 1 200 FCFA le kilogramme pour la campagne intermédiaire, ouverte après la clôture de la grande saison fin février. Ce niveau marque une baisse de 1 600 FCFA par rapport aux 2 800 FCFA/kg appliqués lors de la campagne principale, soit un recul de 57%.
Cette correction était anticipée. Elle reflète la chute brutale des cours internationaux des fèves. A la Bourse de New York par exemple, la tonne de fève est passée d'environ 6 700 dollars début octobre 2025 à près de 2 800 dollars fin février, soit une contraction proche de 58%. Dans un système où les prix domestiques sont largement indexés sur les ventes anticipées réalisées par le régulateur, l'ajustement apparaît mécanique.
Sur le terrain, toutefois, l'écart entre le prix fixé en début de grande campagne et la dégradation rapide des marchés mondiaux a provoqué des tensions. Plusieurs zones de production ont enregistré une accumulation de stocks, les opérateurs hésitant à acheter à des niveaux devenus déconnectés des cours internationaux. Face à cette situation, les autorités s'étaient engagées à absorber une partie des volumes invendus afin de stabiliser la filière.
Au-delà de l'effet conjoncturel, la séquence relance un débat structurel. La Côte d'Ivoire commercialise par anticipation près de 80% de sa récolte, un mécanisme destiné à sécuriser les revenus des planteurs et à réduire la volatilité. Mais l'extrême volatilité récente interroge : l'envolée historique des prix mondiaux ces dernières années n'a pas pleinement bénéficié aux producteurs, tandis que la correction actuelle se répercute directement sur leurs revenus.
Dans un pays qui demeure le premier producteur mondial de cacao, l'équation est délicate : préserver la stabilité d'un secteur stratégique pour les finances publiques tout en garantissant une rémunération soutenable pour près d'un million de planteurs. La nouvelle grille tarifaire ouvre ainsi une campagne intermédiaire sous tension, dans un environnement international redevenu incertain.
Publié le 04/03/26 15:47
Jean Mermoz Konandi
SN
CEMAC