Après plusieurs années de retards et de projets inachevés, le Tchad tente de remettre de la vitesse dans son agenda énergétique. Audits de chantiers en souffrance, rappels à l'ordre des entreprises, signatures d'accords internationaux et ouverture de nouvelles négociations. Depuis le début de l'année 2026, les signaux d'une reprise en main se multiplient dans un secteur stratégique longtemps considéré comme l'un des principaux goulets d'étranglement de l'économie tchadienne.
À N'Djamena, le ministère de l'Eau et de l'Énergie a d'abord rouvert le dossier du Projet Énergie Solaire pour le Développement Rural, lancé en 2022 avec l'appui de la Banque islamique de développement. Le 13 janvier 2026, le ministre Passalé Kanabé Marcelin a réuni les différentes parties prenantes pour faire le point sur un programme censé structurer l'électrification de plusieurs localités situées sur l'axe Toukra–Mandalia.
Selon les informations communiquées à l'issue de cette rencontre, la centrale solaire de Kalam-Kalam, d'une capacité de 3 MW, est quasiment achevée, les travaux portés par l'entreprise Tragedel atteignant un taux d'exécution de 96%. Les installations attendent désormais les tests d'injection destinés à valider leurs performances.
Le maillon faible reste le réseau. Chargée des travaux de raccordement et de distribution, l'entreprise GTG/EGEMAT Énergie accuse un retard notable, officiellement lié à des lenteurs dans la validation des études techniques et à la livraison des équipements. Face à cette situation, le ministre a fixé un calendrier resserré : les travaux doivent être finalisés avant la fin du mois d'avril 2026, en coordination avec la société nationale d'électricité TchadElec.
Cette volonté d'accélération se double d'une offensive diplomatique et économique tournée vers l'Asie. Toujours en janvier 2026, le ministre tchadien de l'Eau et de l'Énergie a reçu à N'Djamena une délégation de la société chinoise Energy Storage System Solution Expert.
Les échanges ont porté sur les possibilités de partenariat pour l'extension du réseau national, mais aussi sur des solutions de production et de stockage, un enjeu central pour un système électrique fragile et peu interconnecté. À ce stade, aucune annonce chiffrée n'a été faite, mais le ministère a confirmé l'ouverture de discussions techniques avec ses services spécialisés, signe que le projet est désormais intégré dans le pipeline des négociations.
Quelques jours plus tôt, à Pékin, une étape plus concrète avait déjà été franchie. Le 11 janvier 2026, en marge d'une visite de travail en Chine, le ministre Passalé Kanabé Marcelin a signé un protocole d'accord avec le groupe Luanquin International.
L'engagement porte sur la construction, sous forme de don, de 15mini-centrales photovoltaïques réparties dans autant de localités tchadiennes, pour une capacité cumulée annoncée de 200 MW. Selon les éléments communiqués par les deux parties, chaque centrale devrait produire entre 10 et 20 MW, avec l'objectif affiché d'alimenter en priorité des villes secondaires encore largement dépendantes de groupes électrogènes coûteux et instables.
Pris isolément, chacun de ces projets reste modeste au regard des besoins du pays. Selon les données de la Banque mondiale, à peine 6,4% de la population tchadienne a aujourd'hui accès à l'électricité, avec de fortes disparités territoriales. Environ 35% de couverture à N'Djamena contre près de 1% dans les provinces. Un déficit qui pèse lourdement sur l'activité économique, le coût de l'énergie et l'attractivité du pays pour les investisseurs.
Au-delà des annonces, le défi reste celui de l'exécution. Les besoins financiers du secteur, évalués par le ministère à plus de 1 200 milliards FCFA, couvrent aussi bien la production que le transport, la distribution, les solutions hors réseau et la cuisson propre.
Perton Biyiha
La Rédaction
Publié le 15/01/26 12:38