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Finance : Le pari des souscriptions aux obligations de 100 ans

Par Dr Ange Ponou, le 17/08/2020

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Dr Ange Ponou

L'investissement en obligations considéré comme l'un des plus sûrs, prend en compte la considération des caractéristiques telles que la maturité du placement et le coupon ou le taux d'intérêt.

L'attractivité d'un placement en obligations dépend donc de ces deux caractéristiques, même s'il faut prendre souvent en compte la qualité de l'émetteur.

Ainsi, un taux d'intérêt très bas associé à une maturité de très longue durée, réduit l'attractivité des placements obligataires aux yeux des investisseurs.

Cette réalité contraste avec l'émission réalisée récemment par l'Autriche. Le pays a en effet émis ce 24 juin 2020 des obligations de 2 milliards d'euros sur les marchés internationaux de capitaux à un coupon de 0,85% sur une maturité de 100 ans.

Malgré ces caractéristiques peu attractives pour les investisseurs, les souscriptions ont pourtant atteint près de 13 milliards d'euros, signe de l'engouement des marchés.

Qu'est-ce qui pourrait donc expliquer cette frénésie des investisseurs à l'égard de cet emprunt, malgré le faible taux d'intérêt qu'il propose et sa maturité très longue ?

Avant tout propos, rappelons que l'Autriche n'est pas à son premier coup d'essai puisqu'en septembre 2017, le pays avait déjà réalisé une opération similaire (sur une maturité également de 100 ans). A l'époque, les souscriptions avaient atteint 11 milliards d'euros alors que le pays ne sollicitait que 3,5 milliards d'euros contre un rendement (coupon) de 2,12% proposé aux investisseurs.

La forte demande qui s'en était suivie sur le marché secondaire de ces obligations centenaires, avait entraîné une hausse de 60% de leur valeur.

C'est sans nul doute ce succès qui amène le pays à remettre le couvert cette année, ce qui lui permet ainsi de lever les fonds nécessaires pour ses besoins de financement de très long terme et à moindre coût.

En ce qui concerne les souscripteurs, on pourrait penser a priori qu'il s'agit d'un placement moins attractif compte tenu du faible rendement proposé et de la très longue maturité.

Toutefois, il apparaît théoriquement que quand les taux d'intérêts baissent (par exemple quand les grandes banques centrales baissent leurs taux directeurs, comme c'est le cas aujourd'hui), le cours des obligations en circulation augmente sur le marché secondaire. Inversement, si les taux d'intérêt augmentent, la valeur des obligations en circulation baisse.

Soulignons que ces fluctuations n'ont pas de conséquence pour les investisseurs qui conservent leurs obligations jusqu'à l'échéance, puisqu'elles seront remboursées à leur valeur d'origine.

Fort de ce constat, on pourrait noter que les souscripteurs à ce genre d'obligation (obligation de 100 ans) anticipent une appréciation du cours de l'obligation sur le marché secondaire afin de les céder contre d'éventuelles plus-values.

Les obligations à 100 ans, un défi pour les pays africains

Bien que très actifs dernièrement sur les marchés financiers internationaux, les pays africains n'arrivent pas encore à emprunter sur ces échéances de très longue durée. Une situation qui s'apparente à un défi pour la plupart d'entre eux.

La plus longue échéance proposée jusque-là par un pays africain reste celle de 31 ans retenue par le Ghana, le 19 mars 2019, lors de son émission d'euro-obligations d'une valeur de 3 milliards de dollars sur les marchés internationaux. Rappelons que le taux d'intérêt (coupon) correspondant à cette échéance était de 8,95%.

La souscription record de 21 milliards de dollars enregistrée par cette émission s'explique en partie par le niveau attractif du taux d'intérêt, comparé par exemple à celui qu'offre l'Autriche pour ses obligations centenaires.

De fait, les obligations souveraines des grandes puissances dont les finances publiques sont réputées saines ou plus solides, sont en général considérées comme très sûres par les investisseurs qui considèrent nul le risque de perdre leur capital.

Ainsi, des Etats comme l'Allemagne, la Suisse, la Suède ou encore le Japon se font même souvent prêter par les épargnants à des taux d'intérêt négatifs, une façon pour eux de s'assurer de la préservation de leur épargne, surtout en période d'incertitude.

Le taux de couverture de change reste également l'une des raisons qui pourraient expliquer que des investisseurs achètent des obligations alors qu'elles présentent un taux d'intérêt négatif. En effet, l'acquisition d'obligations à taux d'intérêt négatif par certains investisseurs internationaux leur permet d'espérer réaliser une plus-value à terme ou d'obtenir des rendements positifs s'ils anticipent une appréciation de la devise du pays dans lequel ils réalisent leurs placements contre leur monnaie nationale.

Ainsi, une hausse de la devise par rapport à la monnaie nationale des investisseurs signifie que la conversion en monnaie nationale des intérêts perçus et/ou du nominal de l'obligation à l'échéance leur procurera un gain du fait d'un taux de change plus favorable. Cet effet de change compense donc le rendement négatif des obligations exprimé dans la monnaie étrangère.

Courbe des taux obligataires de certains pays avancés

                               Source : Refinitiv Datastream, Bloomberg (Données au 22 août 2019)

Malheureusement, les dettes émises par les pays africains sur les marchés financiers internationaux ne jouissent pas encore de cette confiance à l'égard des investisseurs, pour des problèmes endogènes tels que l'instabilité politique ; des économies essentiellement tributaires des produits de base, donc fébriles ; la mauvaise gouvernance, etc. ; ce qui les empêche pour l'instant d'emprunter à des conditions extrêmement favorables sur ces marchés.

Le Ghana, par exemple, qui jouit d'une des meilleures stabilités politiques dans la région ouest-africaine, compte capitaliser cet atout en envisageant très sérieusement, dans un premier temps, des émissions obligataires sur des maturités très longues de 50 ans, voire 100 ans.



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