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Adrien DIOUF/ DG UMOA-Titres : ‘’Le marché des titres publics, un investissement sûr et rentable’’

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Interview* - Adrien DIOUF, directeur général de l'agence UMOA-Titres :

 Le marché des titres publics, un investissement sûr et rentable

Agence régionale de gestion et de promotion des titres publics des pays de l'UEMOA, l'UMOA- Titres s'est hissée au fil des années comme l'acteur incontournable du financement des économies de la zone avec des levées de ressources en constante progression. En 2019, ce sont près de 3 500 milliards FCFA (5,34 milliards d'euros), 41% de plus que l'année précédente, qui ont été mobilisés auprès des investisseurs de la région pour accompagner les projets de développement des Etats. Cette belle dynamique est d'autant plus remarquable que le taux de couverture des émissions a passé la barre des 200%, soit 3 fois les ressources sollicitées.

Mais cette progression impose de nouveaux défis à relever. Adrien DIOUF, directeur général de l'agence UMOA- Titres, nous partage, dans le numéro de janvier 2020 du magazine Sika Finance dédié au marché financier régional, le pouls d'une année 2019 marquée par " des opérations d'envergures " et évoque des innovations qui viendront renforcer les fondamentaux et l'attractivité du marché.

NB: Il faut préciser que l'interview a eu lieu début janvier 2020, bien avant le déclenchement de la crise mondiale du covid-19.

 

Comment a évolué le Marché des Titres Publics depuis 2017 ?

Je dirai que le Marché des Titres Publics (MTP) émis par voie d'adjudication de la zone UEMOA évolue de façon convenable avec des réformes mises en place et des acteurs qui prennent petit-à-petit la mesure de l'importance des bonnes pratiques de marché.

Pour revenir au bilan de ces 3 dernières années, l'année 2017 a été qualifiée d'année difficile du fait du stress de liquidité rencontré entres autres par les banques, principaux investisseurs de ce marché, et du contexte de changements règlementaires. L'Agence UMOA-Titres (AUT) a accompagné les Etats dans la levée de 2 743 milliards de FCFA (4,2 milliards d'euros) dont 1 569 milliards FCFA à court terme et 1 173 milliards à long-terme. Même si ces montants sont restés honorables malgré le contexte et se sont inscrits dans les mêmes grandeurs que ceux des années précédentes, ils ont constitué cependant une rupture en ce sens que les valeurs levées ont enregistré sur les dernières années une croissance annuelle de 25%.

On était tous conscients qu'à un moment donné, cette forte croissance devrait se stabiliser. De fait, l'année 2017 a été une année de stabilisation de l'activité avec certains acteurs qui n'avaient pas intégré cette donnée et continuaient à opérer sur les anciens d'agrégats.  

En 2018, 2 433 milliards de FCFA (3,71 milliards d'euros) ont été mobilisés par les Etats sur le MTP avec un taux de couverture d'environ 109% et une prépondérance des émissions d'Obligations Assimilables du Trésor (OAT) représentant 61% contre 39% de Bons Assimilables du Trésor (BAT) comparativement à 2017 dont la répartition était, pour mémoire, de 57% d'émissions de BAT contre 43% d'OAT.

En 2019, plus de 3 420 milliards de FCFA ont été levés par voie d'adjudication par les Etats de la zone UEMOA, soit une hausse de 41% par rapport à 2018.

En 2019, plus de 3 420 milliards de FCFA (5,2 milliards d'euros) ont été levés par voie d'adjudication par les Etats de la zone UEMOA soit une hausse de 41% par rapport à 2018. Cette hausse représente 987 milliards de FCFA de plus dans les caisses de nos Etats. En termes de volume mobilisé par instrument, on est sur des volumes de 1 645 milliards en BAT et 1 775 milliards FCFA en OAT. La structure des titres émis a également été particulièrement satisfaisante. En effet, on constate que de plus en plus d'émetteurs et investisseurs adhèrent au " in fine " sur leurs émissions, ce pour des durées allant jusqu'à 7 ans, permettant ainsi de poursuivre la standardisation des instruments de dette et de rallonger la maturité du portefeuille de la dette.

Plusieurs opérations d'envergure ont été organisées dont celle du Sénégal du 06 décembre 2019 qui a permis de mobiliser 200 milliards. Il y a également eu les opérations d'échanges de titres de la Côte d'Ivoire en mai et octobre 2019. Lors de ces opérations, la Côte d'Ivoire a pu échanger près de 232 milliards de titres arrivant à échéance en 2019 et en 2020 contre des nouveaux titres arrivant eux à échéance en 2022 et 2024, assortis de conditions financières en ligne avec les conditions du marché.

L'année 2019 est donc une année où l'agence s'est illustrée sur son cœur de métier qui reste la levée de fonds mais également dans le cadre d'opérations sur lesquelles son expertise pointue en gestion active de la dette et sa connaissance du marché local de la dette ont été gages de valeur ajoutée pour nos Etats.

 Avez-vous constaté une croissance des souscriptions aux émissions depuis les 4 années de baisse de la BRVM ? 

Comme indiqué précédemment, on est passé en termes de volumes mobilisés de 2 743 milliards de FCFA à 3 420 milliards avec des opérations de standardisation des instruments de dette et un rallongement de la maturité du portefeuille de la dette.

Contrairement à ce qu'on pourrait penser, la hausse du volume mobilisé a rencontré une hausse plus importante de l'appétit des investisseurs. (…), le taux de couverture annuel des émissions est passé de 106% en 2017 à plus de 210% en 2019

Contrairement à ce qu'on pourrait penser, cette hausse du volume mobilisé a rencontré une hausse plus importante de l'appétit des investisseurs. En effet, le taux de couverture annuel des émissions est passé de 106% en 2017 à plus de 210% en 2019

 La version numérique du magazine Sika Finance (janvier 2020) disponible en téléchargement gratuit

 Le développement de la base des investisseurs du MTP est l'un des plus grands chantiers de l'Agence UMOA-Titres à ce jour. De ce fait, nous pouvons souligner une légère évolution de cette base de 2016 à 2019. Ainsi à fin 2019, le nombre de participants directs enregistré sur notre marché s'élevait à 111 institutions. Notons que ce décompte ne tient pas compte des comptes clients ouverts auprès des institutions financières de la zone UEMOA.

 

Recevez-vous des souscriptions d'investisseurs internationaux ?

Notre marché enregistre effectivement des souscriptions d'investisseurs internationaux. Ces derniers, à travers des partenariats et conventions avec des institutions de la zone UEMOA, arrivent à souscrire au MTP.

Il faut savoir que le MTP est une véritable option d'investissement quand il s'agit de faire fructifier son épargne dans le sens où ce marché offre des opportunités d'investissement sur huit (8) émetteurs souverains, qui sont les Etats membres de l'espace UEMOA, avec des taux d'intérêts fixes et des investissements rentables, sûrs et de maturités diverses.

De plus, investir sur le MTP de la zone UEMOA, c'est contribuer au développement de cette zone à travers le financement des programmes de développement des différents Etats de l'Union.

Enfin, dans la continuité des actions visant à améliorer l'information des investisseurs, l'agence compte élaborer un guide de l'investissement en vue de mieux promouvoir les titres publics auprès des investisseurs étrangers pour leur donner l'information complète sur l'accessibilité au MTP.

Il faut savoir que le MTP est une véritable option d'investissement quand il s'agit de faire fructifier son épargne (…) avec des taux d'intérêts fixes et des investissements rentables, sûrs et de maturités diverses

La courbe des taux est basée uniquement sur les émissions primaires, pensez-vous à la bonifier avec le secondaire ? Pensez-vous aussi à des nouveaux types d'émissions pour améliorer cette courbe ?

Au regard de la structure actuelle du marché et de la très faible liquidité du marché secondaire, l'option a été prise de construire une courbe fondée sur les taux constatés sur le marché primaire. Ainsi, en 2019 l'agence a finalisé et implémenté la méthodologie de construction des courbes des taux de chaque émetteur. Ces courbes sont publiées à fréquence hebdomadaire sur le site internet de l'agence et relayées également sur nos pages sociales en vue d'une large diffusion. Ceci constitue la première étape. Cette courbe qui aujourd'hui est basée sur des prix et taux du primaire est appelée à évoluer avec le développement du marché secondaire.

L'agence poursuivra en 2020, et en collaboration avec les acteurs du marché, la mise en place d'un dispositif de cotation des titres qui vise à améliorer la transparence des mécanismes de formations des prix pour ainsi contribuer à la dynamisation du marché secondaire. Ainsi, avec ces effets conjugués, il est attendu de disposer de prix de références sur le marché secondaire pouvant alimenter les courbes de taux dans une optique d'amélioration continue de la méthodologie.

La courbe des taux qui aujourd'hui est basée sur des prix et taux du primaire est appelée à évoluer avec le développement du marché secondaire

 

Par ailleurs, l'AUT s'attèle à proposer aux émetteurs et aux investisseurs, plusieurs choix tant au niveau du type d'émissions que du produit émis. L'émission simultanée de titres publics par adjudication est une voie d'émission consistant à offrir plusieurs titres de caractéristiques distinctes (bons et/ou obligations) au cours d'une même émission, par un même émetteur. Une obligation synthétique est une émission simultanée à la différence qu'elle requiert l'obligation pour l'investisseur d'intervenir sur tous les titres de l'offre organisée par voie d'adjudication ciblée dans des proportions fixées au préalable. A travers ces modes d'émissions, les offres s'adressent à plusieurs profils d'investisseurs (court, moyen et long terme) permettant ainsi de mobiliser plus aisément les ressources nécessaires au financement des plans de développement des Etats.  Ces modes d'émissions ont connu un succès important notamment l'émission simultanée. En effet, plus de 40% des interventions des Etats en 2017 ont été organisées suivant ce mode d'émission. L'obligation synthétique quant à elle, a connu un succès mitigé et nécessite plus d'explications et de marketing en vue de sa vulgarisation au regard de ses avantages pour la dynamisation du marché secondaire.

 

Comment démocratiser l'accès à ce marché pour le rendre plus accessible aux populations ? Le digital peut-il y jouer un rôle déterminant ? Avez-vous des projets dans ce sens ?

L'accès des populations aux marchés financiers nécessite en général de vulgariser les concepts clés de la finance et de disposer d'intermédiaires agréés qui soient un maillon clé de la conception et de la distribution de supports d'investissement.

L'agence UMOA-Titres a souhaité proposer aux acteurs du marché ainsi qu'aux investisseurs actifs et potentiels, une vitrine optimisée du MTP. A cet égard, un nouveau site web a été conçu pour mieux promouvoir les titres publics et répondre aux besoins des investisseurs à travers une ergonomie et des fonctionnalités centrées sur le visiteur (…).

Concernant l'intermédiation, l'agence a mené en 2019 et en relation avec les services concernés de la BCEAO, les adaptations opérationnelles et techniques en vue d'une accessibilité directe des SGI (sociétés de gestion et d'intermédiation) qui ont un rôle décisif dans la sensibilisation des populations et la mobilisation de l'épargne publique. Nous devons assister en 2020 à l'opérationnalisation de cette accessibilité.

 

L'année 2019 a été marquée par des incertitudes au niveau international avec notamment le Brexit et le bras de fer commercial entre la Chine et les Etats-Unis ? Ce contexte va-t-il pesé sur le marché régional ? 

Le contexte international présente en effet quelques préoccupations avec notamment le ralentissement de la croissance de l'économie mondiale.

Les investisseurs internationaux ne sont pas suffisamment présents sur le MTP. Par ailleurs, ce contexte international cité tantôt et notamment l'univers de taux négatifs en cours sur les marchés internationaux, peut représenter une opportunité pour notre marché en ce sens que la rentabilité des placements y est plus grande. C'est pour cela que l'agence mène plusieurs initiatives pour mieux faire connaitre notre marché auprès de cette catégorie d'investisseurs et parvenir à une meilleure attractivité de notre marché. 

(…) l'univers de taux négatifs en cours sur les marchés internationaux peut représenter une opportunité pour notre marché en ce sens que la rentabilité des placements y est plus grande.

 

Les élections présidentielles dans plusieurs pays et le contexte sécuritaire dans les pays du Sahel pourraient-ils être perçus comme des facteurs de fragilité pour le marché ?

Les élections présidentielles et le contexte sécuritaire dans le Sahel pourraient éventuellement avoir des conséquences sur les économies des pays concernés. Cependant, les Etats de la zone UEMOA ont été résilients face à ces facteurs de risques au cours des dernières années. Aussi, les perspectives économiques demeurent favorables dans la zone. En 2020, la croissance devrait en effet rester dynamique dans l'ensemble de la zone avec une hausse attendue du PIB de 6,6% comme en 2019.

A priori, les facteurs évoqués ne devraient pas être considérés comme une source de fragilité pour le marché tant qu'ils n'affectent pas la situation économique de l'ensemble de l'Union.

 

A quoi s'attendre sur le Marché des Titres Publics en 2020 ?

Un des défis majeurs sur le marché local de la dette souveraine demeure l'élargissement et la diversification de la base des investisseurs. En outre, plusieurs réformes sont à mettre en place, allant de la mise en place d'infrastructures de marché pour une meilleure accessibilité à la standardisation des instruments émis (émission de titres de référence In fine).

L'agence UMOA-Titres en collaboration avec les différents acteurs concernés a entamé des projets dans ce sens qui seront poursuivis au cours de l'année 2020. Ces projets concernent entre autres la mise en place d'une plateforme de cotation des titres, la notation au niveau régional de chaque Etat Emetteur, l'enrichissement du programme de certification financière CISI-UMOA en termes de modules additionnels notamment et l'adoption d'une convention de marché pour le compartiment du secondaire.

En termes de besoins de financement, les Etats de la zone UEMOA devraient encore recourir au marché intérieur sur les mêmes niveaux que ceux observés sur les années précédentes. Une communication efficiente avec les acteurs du marché sera au cœur des préoccupations des émetteurs en vue d'améliorer la couverture de leurs opérations tant en termes de mobilisations que de coût de la ressource.

 

Pensez-vous que les Etats de l'UEMOA ont des niveaux d'endettement soutenables ?

Selon les dernières analyses de viabilité de la dette réalisées conjointement par les équipes de la Banque mondiale et du FMI, la dette des Etats de l'UEMOA demeure soutenable avec un niveau de risque de surendettement modéré à l'exception notable du Togo qui présentait un risque de surendettement élevé. La situation du Togo s'explique par le niveau du taux d'endettement du pays qui dépassait la norme communautaire de l'UEMOA de 70% à fin 2018. Selon les données disponibles à fin 2019, le taux d'endettement du Togo devrait repasser légèrement en dessous de la norme en passant de 73,6% en 2018 à 69,0% en 2019, ce qui pourrait améliorer la classification du risque de surendettement du pays.

Retrouvez des interviews dans le numéro de janvier de notre magazine Sika Finance disponible en téléchargement gratuit.

 

* NB: Interview réalisée en début d'année et parue dans le numéro du magazine semestrielle Sika Finance parue en février 2020, bien avant la crise du covid-19

Jean Mermoz Konandi

Publié le 26/06/20 10:50

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