Côte d’Ivoire : Deloitte décrypte la Loi de Finances 2026 et son Annexe fiscale, la boussole de la performance économique

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Le 13 janvier 2026, à son siège à Cocody, Deloitte Côte d'Ivoire n'a pas seulement présenté une Annexe fiscale. Le cabinet a livré une lecture économique de la trajectoire budgétaire ivoirienne, montrant comment la fiscalité est désormais pensée comme un instrument de pilotage de la performance publique et, indirectement, de la performance des entreprises. Le thème choisi, ‘'Fiscalité et performance business'', résume à lui seul l'orientation stratégique de la réforme.

D'entrée de jeu, Me Ursula Dutauziet, Associée chez Deloitte Afrique francophone, a replacé l'Annexe fiscale 2026 dans une dynamique longue. Entre 2023 et 2026, les recettes fiscales progressent plus vite que le PIB, avec des taux de croissance successifs de 12,65% en 2023 ; 16,33% en 2024 ; 26,16% en 2025 et 10,92% projetés en 2026. Cette assurance dans la montée en puissance des ressources fiscales repose sur un pilotage jugé ‘'globalement satisfaisant'', illustré par un écart limité de 3,2% entre les prévisions budgétaires et les réalisations en 2025.

La fiscalité ivoirienne gagne ainsi en prévisibilité. Un signal clé pour les investisseurs comme pour les entreprises, dans un contexte où la crédibilité budgétaire est devenue un facteur déterminant de stabilité macroéconomique.

Autre enseignement majeur, la progression rapide des recettes ne traduit pas une pression fiscale excessive. Elle est avant tout le fruit d'une amélioration du rendement fiscal. ‘'Les recettes progressent plus vite que l'économie non pas parce que l'on taxe davantage, mais parce que l'on collecte mieux'', a insisté Me Ursula Dutauziet. Dans une économie où 80 à 90% de la main d'œuvre reste informelle, l'effort porte avant tout sur le secteur formel, ce qui nourrit parfois un sentiment de surimposition, sans que cela corresponde réellement à une explosion de la pression fiscale globale.

Cette efficacité accrue explique aussi la montée en puissance du budget de l'État. En 3 ans, il est passé de 10 773 milliards FCFA en 2023, pour 5 033 milliards de recettes fiscales, à 17 350 milliards en 2026, soutenus par 8 194 milliards de recettes fiscales attendues. La fiscalité devient ainsi le pilier central de la soutenabilité budgétaire ivoirienne.

Sur le contenu même de l'Annexe fiscale 2026, le message est celui de la continuité plutôt que la rupture. Avec 41 mesures, contre 42 en 2025 et 31 en 2024, le volume reste stable. La structure des recettes ne connaît pas de bouleversement : l'impôt sur le revenu représente environ 26,3% du total en 2026, contre 27% en 2025, tandis que les autres grandes catégories fiscales évoluent peu. ‘'Ce n'est pas une révolution fiscale, mais une consolidation méthodique'', résume Deloitte Côte d'Ivoire.

Les mesures se répartissent ainsi : 27% pour le renforcement de la mobilisation des ressources ; 27% pour la rationalisation et la simplification du dispositif ; 34% pour des mesures techniques ; et 12% seulement pour des mesures incitatives et de soutien à l'économie.

Un équilibre qui montre que la priorité reste la sécurisation des recettes, même si quelques dispositifs nouveaux cherchent à stimuler l'activité.

Un sondage interne mené auprès de cent (100) contribuables révèle d'ailleurs une satisfaction globale vis-à-vis des réformes de 2025, notamment sur la TVA, la facture normalisée et la lisibilité accrue du système. Une donnée rare dans un domaine où la fiscalité est traditionnellement perçue comme une contrainte.

Sur le volet opérationnel, Pascal Dagou, Senior Manager chez Deloitte Afrique francophone, a rappelé la logique des mesures de renforcement : soit élargir l'assiette fiscale, soit lutter contre la fraude et l'évasion. Deux leviers devenus incontournables pour financer un budget de plus en plus ambitieux.

Parmi les mesures concrètes, l'extension de la retenue à la source aux acteurs, figurants et assimilés non-salariés dans les productions audiovisuelles illustre cette stratégie. L'administration délègue ainsi la collecte à des ‘'redevables légaux'', plus faciles à contrôler que des intervenants souvent non immatriculés. Objectif, rétablir l'équité fiscale dans un secteur en forte croissance, notamment avec l'essor de l'industrie cinématographique.

Autre clarification structurante, le traitement fiscal de l'affacturage. Désormais, ces opérations sont explicitement soumises à la TVA au taux de 18%. Une précision qui met fin aux ambiguïtés entre taxe sur les opérations bancaires et TVA, sécurisant juridiquement les entreprises comme l'administration.

Puis, Me Jean-François Zoukoua, Directeur chez Deloitte, est intervenu pour conclure la série de présentations, en mettant en lumière les mesures de rationalisation, de simplification des dispositifs, ainsi que les principales mesures techniques.

Au total, l'Annexe fiscale 2026 apparaît comme une réforme de maturité. Elle ne bouleverse pas le système, mais l'affine. Elle consolide la capacité de l'État ivoirien à mobiliser des ressources durables tout en améliorant la lisibilité pour les entreprises.

Derrière les chiffres et les articles du Code général des impôts, se dessine une transformation plus profonde, celle où la fiscalité n'est plus seulement un instrument de financement public. Elle devient un outil de gouvernance économique, au service de la crédibilité budgétaire, de l'attractivité du pays et, in fine, de la performance business en Côte d'Ivoire.

Dr Ange Ponou

Publié le 16/01/26 08:56

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