La mauvaise allocation des talents féminins constitue l'un des coûts économiques les plus sous-estimés à l'échelle mondiale. Selon l'Indice mondial des distorsions de genre (GGDI), la suppression des obstacles auxquels font face les femmes pourrait augmenter la production économique de 15 à 20% dans de nombreux pays. Autrement dit, une part considérable du potentiel de croissance reste aujourd'hui inexploitée.
Le GGDI regroupe en un seul indicateur les écarts de salaires, les différences de participation au marché du travail et la répartition des emplois par niveau de productivité. Il traduit ces déséquilibres en perte directe de production. L'indice répond ainsi à une question simple : quelle serait la taille d'une économie si les femmes bénéficiaient des mêmes opportunités que les hommes ?
Les chiffres publiés par la Banque mondiale montrent que ces pertes sont massives. Dans certains pays, la croissance potentielle sacrifiée dépasse 20% du PIB. En Égypte, l'économie pourrait gagner jusqu'à 24% de production supplémentaire si les distorsions étaient levées. À l'inverse, au Pérou, ce potentiel additionnel est limité à 5%, alors même que les deux pays affichent des niveaux de revenus comparables. Cette divergence souligne l'impact décisif des politiques publiques sur l'intégration économique des femmes.
Les distorsions liées à l'emploi expliquent l'essentiel des pertes. Elles concernent principalement la discrimination à l'embauche, les inégalités salariales et l'accès restreint des femmes aux emplois à forte productivité. Ces obstacles, liés à la demande de travail, sont dominants par rapport aux contraintes d'offre, comme les responsabilités familiales ou les normes sociales. Or, ce sont précisément ces distorsions de la demande qui sont les plus faciles à corriger par des réformes réglementaires et institutionnelles.
L'expérience des États Unis illustre l'efficacité de politiques ciblées. En 1970, les distorsions de genre y réduisaient la production d'environ 7% du PIB. En 2020, cette perte est tombée sous la barre de 2%. Dans le même temps, le désavantage salarial et l'exclusion des emplois productifs sont passés d'environ 70% à 30%. Cette évolution reflète l'impact cumulé du renforcement des droits juridiques, de l'augmentation de la participation féminine au marché du travail et de l'amélioration de l'accès à l'emploi.
Les comparaisons internationales confirment ce rôle déterminant des politiques économiques. Le Chili a réduit ses distorsions de 8% au début des années 1990 à 3% en 2018 grâce à des réformes ciblées et à une croissance inclusive. À l'inverse, l'Inde, malgré une croissance rapide, n'a enregistré que peu de progrès, laissant une large partie des femmes en dehors des emplois à forte productivité. La croissance seule ne suffit donc pas à corriger les inégalités économiques.
Le GGDI est également fortement corrélé à l'indice Femmes, Entreprises et Droit de la Banque mondiale, avec un coefficient de –0,74. Les pays qui offrent une meilleure protection juridique aux femmes enregistrent systématiquement des pertes économiques plus faibles. Cette relation confirme que l'égalité formelle se traduit, lorsqu'elle est effective, par des gains macroéconomiques mesurables.
En consolidant ces données, l'indice met en évidence un constat central : les économies sacrifient souvent plus de 15% de leur production potentielle en limitant l'accès des femmes aux emplois productifs et aux mêmes conditions de rémunération que les hommes. La majeure partie de cette perte provient des pratiques des employeurs et des institutions du marché du travail.
Le GGDI offre ainsi aux gouvernements un outil chiffré de diagnostic économique. Il permet d'identifier les secteurs où les distorsions sont les plus coûteuses, de mesurer l'impact des réformes dans le temps et d'orienter les politiques publiques vers celles qui génèrent les gains de croissance les plus rapides. Derrière la question de l'égalité, c'est un enjeu de performance économique qui se dessine. L'intégration pleine et entière des femmes dans l'économie n'est pas seulement un impératif social, elle constitue l'un des leviers de croissance les plus puissants encore largement inexploités.
La Rédaction
Publié le 16/01/26 12:53


SN
CM

