Cacao : La Côte d’Ivoire et le Ghana engagent le bras de fer avec les géants du cacao

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Les géants du cacao cherchent-ils à ruser pour se soustraire de la nouvelle politique tarifaire conclue avec la Côte d'Ivoire et le Ghana et qui impose depuis octobre une prime de 400 $ sur la tonne de fèves (présentée comme le DRD, différentiel de revenu décent) destinée à améliorer les revenus des paysans ?

La semaine dernière, la multinationale du chocolat Hersheys a acheté un important volume de fèves (30 000 tonnes selon certaines sources) dans les stocks d'un entrepôt de la Bourse de New-York plutôt que de se fournir auprès des deux principaux producteurs mondiaux. Un stock qui date d'avant l'instauration du DRD et dont l'acquisition ne cesse de susciter le courroux du Conseil Café Cacao ivoirien (CCC) et du Cocobod ghanéen, les deux régulateurs soupçonnant la firme de manœuvrer pour saboter la nouvelle tarification.  

Dans un courrier commun adressé ce 30 novembre à Hershey, cité par Bloomberg, le CCC et le Cocobod dénoncent " une conspiration et des machinations (…) pour échapper au paiement du DRD " et menacent de retirer les agréments d'exportation accordées aux sociétés impliquées. Des accusations que Hersheys a démenti dans un communiqué, affirmant son engagement à mettre en oeuvre le DRD.

En guise de représailles, les deux pays, après avoir un temps brandi la menace, ont décidé de suspendre tous les programmes de durabilité dans la filière, révèle Bloomberg.

Rappelons-le, le programme de durabilité permet aux multinationales de s'approvisionner auprès de paysans se conformant à un certain nombre de normes éthiques (lutte contre la déforestation, le travail des enfants, respect de l'environnement etc.). Des fèves certifiées durables, très demandées sur les marchés développés et pour lesquelles les firmes du cacao réalisent les meilleures marges en les utilisant dans des confiseries vendues plus chères.

Mais Abidjan et Accra ne s'arrêtent pas là. Les deux pays ont en effet décidé de se retirer de la Cocoa Merchants Association of America, une association accusée de " tolérer et de comploter " avec des firmes américaines afin de saboter le DRD. Et plus encore, ils envisagent faire de même pour la Federeation of Cocoa Commerce (FCC), une organisation internationale basée au Royaume-Uni qui vise à promouvoir, protéger et réglementer le commerce du cacao.

Voir aussi - Côte d'Ivoire : Les multinationales suspendent leurs achats de cacao

Tenir le pari du DRD

Le retrait des programmes de durabilité va certes priver les multinationales d'une production de cacao plus lucrative, mais également les planteurs bénéficiant des primes de certification vont subir une nette perte de revenus. Mais il s'agit pour le moment du moyen de pression que la Côte d'Ivoire et le Ghana ont choisi de mettre en avant afin de se faire entendre dans un guerre des nerfs où les enjeux financiers sont importants pour chacune des parties.

Au-delà, la mise en place du DRD est lancée à un moment où la crise de la Covid-19 continue de sévir et où la demande de produits chocolatés a accusé le coup selon certains observateurs. Et de ce fait, avec l'existence d'anciens stocks de cacao (réputés moins chers) et l'arrivée d'une nouvelle offre considérée comme abondante, convaincre les multinationales de payer plus cher (artificiellement avec le DRD) restent un défi majeur que le CCC et le Cocobod doivent impérativement relever au risque de voir cette avancée tarifaire tomber définitivement à l'eau.

Jean Mermoz Konandi

Publié le 01/12/20 18:08

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