Cameroun : 13,49 milliards USD d’emprunts en 15 ans, des infrastructures en progrès mais un bilan contrasté

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En quinze ans, le Cameroun a massivement eu recours à l'endettement pour tenter de combler son déficit infrastructurel. Selon l'annexe à la loi de finances 2026 consacrée à l'évolution des grands projets d'investissement, élaborée par le ministère de l'Économie, de la Planification et de l'Aménagement du territoire (MINEPAT), l'État camerounais a contracté entre 2010 et 2025 des engagements financiers cumulés de 7 579 milliards de FCFA, soit environ 13,49 milliards USD. Ces financements ont permis la réalisation de projets dans les transports, l'énergie, l'eau, le développement urbain, l'habitat et les télécommunications, mais leur impact économique reste jugé mitigé.

Sur l'ensemble de la période, les prêts non concessionnels représentent la majeure partie de ces engagements, avec 5 398 milliards de FCFA (9,61 milliardsUSD), contre 2 181 milliards de FCFA (3,85 milliardsUSD) pour les prêts concessionnels. L'effort d'investissement s'est surtout concentré sur les infrastructures de transport, qui ont absorbé près de 3 580 milliards de FCFA (5,78 milliards USD), devant l'énergie avec 2 068 milliards de FCFA (3,68 milliards USD). Les secteurs de l'eau, du développement urbain, de l'habitat et des TIC ont respectivement mobilisé 779 milliards, 399 milliards, 272 milliards et 480 milliards de FCFA.

La trajectoire de l'endettement révèle une montée rapide des engagements au début de la décennie 2010. Partis de 202 milliards de FCFA en 2010, les nouveaux engagements ont culminé à 1 127 milliards de FCFA en 2017. À partir de 2018, la dynamique s'est infléchie, les montants annuels restant en dessous du seuil de 650 milliards de FCFA. Cette inflexion est directement liée " à la mise en place d'un plafond annuel d'endettement, conformément à la Stratégie nationale de la dette publique et au Programme économique et financier signé avec le Fonds monétaire international en 2017 ", peut-on lire dans le document mentionné supra.

Bilan contrasté

Dans les transports, les autorités mettent en avant plusieurs avancées. La façade maritime a été renforcée avec la mise en service du port en eau profonde de Kribi, doté d'un tirant d'eau de 16 mètres et d'infrastructures capables d'accueillir de grands navires porte-conteneurs. Sur le réseau routier, des autoroutes ont été partiellement livrées, notamment Yaoundé–Douala (phase I longue de 60 km qui a nécessité près de dix ans de travaux), Kribi–Lolabé et Yaoundé–Nsimalen (livraison de section rase campagne longue de 23 mm après _ ans de travaux, tandis que la section urbain est attendue en 2030, ndlr).

À cela s'ajoute " la construction et la réhabilitation de plus de 3 000 kilomètres de routes reliant des bassins de production agricoles aux centres urbains et aux pays voisins ", souligne le ministère de l'Economie. Selon le discours Officiel, ces investissements ont permis de réduire drastiquement les temps de parcours, de désenclaver des zones rurales et de faciliter l'écoulement des produits agricoles, avec des effets positifs sur les revenus locaux.

Le secteur de l'énergie constitue un autre pilier de cette stratégie. La mise en service du barrage de Lom Pangar, avec une capacité de retenue estimée à six milliards de mètres cubes d'eau, est présentée comme un projet clé pour la régulation du fleuve Sanaga. Selon les données qui figurent dans l'annexe mentionné plus haut, cette infrastructure a permis d'augmenter d'environ 120 mégawatts la production des centrales existantes et de sécuriser le développement de nouveaux barrages en aval, dont Nachtigal. " Sur la période, environ 1 170 mégawatts de capacités de production supplémentaires ont été installés, combinant centrales thermiques à gaz et barrages hydroélectriques. Le ministère de l'Eau et de l'Énergie indique qu'en 2024, le taux d'accès à l'électricité atteignait environ 72 %, avec un contraste marqué entre les zones urbaines, proches de 94 %, et les zones rurales, autour de 40 % ", rappelle le gouvernement.

Les télécommunications figurent également parmi les secteurs transformés par ces investissements. " Près de 18 000 kilomètres de fibre optique ont été déployés à l'échelle nationale. Le raccordement du Cameroun au câble sous-marin South Atlantic Inter Link, mis en service au début des années 2020, a fortement accru les capacités de transmission internationale ", avec des débits annoncés à plus d'un téraoctet par seconde. Les autorités soulignent une hausse sensible du taux d'accès au numérique sur la période du Document de stratégie pour la croissance et l'emploi.

Malgré ces réalisations, le gouvernement reconnaît que plusieurs projets de première génération ont accusé des retards importants. Dans les documents officiels, trois facteurs exogènes sont principalement avancés. Le premier concerne la maturation insuffisante des projets au démarrage, les cadres réglementaires encadrant leur préparation n'ayant été pleinement opérationnels qu'après 2018. Le second tient à la maîtrise imparfaite du volume global des engagements, qui a réduit l'espace budgétaire disponible. Le troisième renvoie aux délais jugés excessifs dans la délivrance des avis de non-objection par certains partenaires financiers internationaux.

Perton Biyiha

 

La Rédaction

Publié le 08/01/26 15:03

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